Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /Oct /2009 06:00
J.-P. Gattégno - J'ai tué Anémie Lothomb Que ses fans se rassurent : J’ai tué Anémie Lothomb n’est PAS l’assassinat en règle et sur papier du célèbre écrivain belge. Certes, cette dernière n’est pas épargnée lorsque Gattégno critique ce que l’on ose à peine nommer la « littérature » de masse, celle qui est dictée et décidée par les médias et que les « mauvais » lecteurs – car l’auteur catégorise les lecteurs en bons et mauvais – adorent.

J’ai tué Anémie Lothomb est pourtant un roman. Et s’il juge sévèrement Marc Lévy ou Houellebecq, n’allez pas croire qu’il est à placer au-dessus de la mêlée, d’un point de vue stylistique : des phrases concises et d’une structure simple, un vocabulaire mince et des chapitres courts soutiennent le rythme que l’intrigue ne vient pas ralentir. Il y a crime, cadavre, dissimulation, enquête, et pourtant vous n’êtes pas en train de lire un roman policier : ne vous attendez pas à être tenu en haleine de la première à la dernière page ; là n’est pas l’enjeu du livre. En revanche, il se pourrait que vous trouviez une définition de l’écrivain (qui risque de vous décevoir quelque peu).


Jean-Pierre GATTÉGNO, J’ai tué Anémie Lothomb, 2009.

Par Christophe Pierre - Publié dans : Littérature française
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 05:06
André Maurois est un biographe, et cela se sent. Car Climats est le récit de vies entières, celles de Philippe et Odile, puis d'Isabelle et de Philippe, à travers l'analyse minutieuse de leurs sentiments. Si l'écriture raffinée et subtile de Maurois nous plonge indéniablement dans la bourgeoisie française du premier quart du vingtième siècle, la description de l'âme humaine et de ses tourments est éminemment actuelle.

Le roman est articulé en deux parties symétriques, dans une tragique inversion des rôles. Philippe raconte dans une longue lettre à Isabelle son amour fou pour Odile (première partie), qui a représenté pour lui la femme attendue depuis l'enfance, et qu'il a perdue à force de trop (de mal ?) l'aimer. Lorsqu'enfin, Philippe épouse Isabelle (deuxième partie), celui-ci adopte le comportement volage de sa chère disparue, dans une quête irrésistible et vaine de cette Reine imaginaire, tandis qu'Isabelle se bat contre la jalousie et la possessivité dont elle sait qu'elles ont été fatales au premier mariage de Philippe.

André MAUROIS, Climats, 1928.
Par Christophe Pierre - Publié dans : Classiques français
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 20:00
H.MURAKAMI - Kafka sur le rivage Lorsque j'ai entendu parler de Haruki Murakami pour la première fois, c'est parce qu'il s'agissait d'un auteur très actuel dont tout le monde parlait. Je me suis dit : "Encore une vague exotique, cette fois-ci le Japon".
C'est donc en y voyant une sorte de phénomène de mode que j'ai acheté Kafka sur le rivage.
J'en suis revenu... Il ne peut s'agir uniquement d'un phénomène de mode tant l'écriture est subtile.
Dès les premières pages, il se dégage une atmosphère onirique d'une grande délicatesse. Murakami prend des instants quotidiens pour en faire des objets précieux, des chefs-d'oeuvre d'imagination où nous contemplons l'existence comme nous regarderions dans un kaléidoscope.
Déroutant aux premiers abords, je me suis très bien adapté à ce style d'une grande richesse. Les événements les moins vraisemblables, telle cette pluie de poissons ou encore le vol des âmes des chats pour en faire une flûte, ne sont absolument pas choquants. Jamais je n'ai remis en doute l'authenticité des faits relatés, et c'est là la force de ce roman où l'on entre entièrement. J'ai pleinement participé à la quête de ce jeune homme, j'ai partagé une part de vie avec des personnages tragicomiques et hauts en couleur... J'ai frémi, tremblé, ri... J'ai été surpris, dérouté, apeuré... Toute la gamme des émotions se retrouve dans cet ouvrage.
Après cette réussite, je me suis penché  d'un peu plus près sur ce Japon littéraire. Yoko Ogawa, Sôseki et d'autres encore... Dans tous ces livres j'ai retrouvé la même capacité à rêver, la même délicatesse à parler du tragique, la même justesse dans l'art de saisir le quotidien. Les récits reposent davantage sur cette sensibilité que sur une histoire complexe et fait de cette littérature un art attachant, reposant mais néanmoins profond et propre à troubler la vision habituelle que nous avons de la vie.
Je ne peux que conseiller Murakami aux affamés du dépaysement. Il ne s'agit pas seulement d'un auteur étranger mais aussi d'un écrivain talentueux et d'une porte grande ouverte sur une écriture nippone encore méconnue par chez nous.

Haruki MURAKAMI, Kafka sur le rivage, 2007.

Par Christophe Pierre - Publié dans : Littérature japonaise - Communauté : Livre et émotion
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