« A la bande »

Publié le par Christophe Pierre

Friedrich DÜRRENMATT - JusticeJustice. Ce titre tentant m'a sauté dans les mains lors de ma visite à la bibliothèque. D'autant que pour avoir lu La promesse du même auteur, Friedrich Dürrenmatt, je savais miser sur une valeur sûre.

A travers ce roman, que l'on peut raisonnablement qualifier de policier, Dürrenmatt se livre à diverses réflexions sur la société suisse de 1985 et ses valeurs, sur le système judiciaire (dans ses grandes lignes), sur le crime ou la morale... mais il est loin de proposer un essai sur la Justice. On a simplement la sensation que l'auteur n'a pas pu s'empêcher de lâcher quelques considérations personnelles et néanmoins pertinentes à l'occasion de la rédaction d'un roman au titre si fortement évocateur.

Les personnages sortis de l'imagination de Dürrenmatt n'ont pas fini de vous surprendre. Ils sont noirs - même Spät, derrière son désir fanatique de Justice -, mais subtils, et parfois carrément inconcevables. Même les personnages secondaires, essentiellement des prostituées ou autres détectives privés, mais aussi un procureur mémorable, voient leur portrait finement dressé par Spät-Dürrenmatt.

Les débuts de Justice sont déroutants : un ex-député âgé descend en plein restaurant un professeur d'université, apparemment sans raison et devant une foule de témoins. Depuis son arrestation et l'emprisonnement découlant de son procès, il vit dans la plus grande béatitude. Il semble dérailler complètement lorsqu'il propose à un jeune avocat peinant à trouver une clientèle de reprendre l'enquête concernant le meurtre dont il est l'auteur comme s'il cherchait à l'élucider, en excluant d'office sa culpabilité pourtant évidente. Cet avocat, Spät, est notre narrateur, et il mérite que l'on s'y attarde. Sa façon de restituer les faits dans des rapports écrits, le plus souvent sous l'emprise de l'alcool, est anarchique : les événements sont relatés dans un désordre chronologique qui n'est pas évident à appréhender. Le temps de s'y faire, et l'histoire est devenue captivante. Pourtant, ce n'est qu'à la fin du livre que le récit si savamment orchestré par l'auteur prend toute son ampleur et... c'est une petite claque. Un dénouement époustouflant vient clore cet excellent roman, alors que l'on ne l'attendait plus, réduits à nous demander si l'auteur nous ferait l'aumône d'une explication.

Friedrich DÜRRENMATT, Justice, 1985.

Publié dans Littérature suisse

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flof13 24/03/2010 17:07


je note également, je n'ai jamais lu que "La Chute d'A" de Dürrenmatt, car ma cie de théâtre en a monté l'adaptation (et c'est moi qui a adapté le texte ! trop fière sur ce coup-là). Vous devriez
essayer de le lire, c'est un texte que j'aime beaucoup.


Christophe Pierre 26/03/2010 22:18


Merci pour le tuyau ! Je sens que Dürrenmatt n'est pas près de me décevoir, et j'ai envie d'approfondir son oeuvre. Je n'ose pas imaginer le boulot que représente l'adaption d'un texte en pièce de
théâtre !!


Véro 24/03/2010 13:28


Voilà qui me met l'eau à la bouche ! J'adore quand un auteur sait me surprendre : je note donc ce titre sans hésiter !


Christophe Pierre 26/03/2010 22:23


La fin est d'autant plus inattendue que l'auteur ne laisse pas entendre qu'il y aura une explication à toute l'histoire, et que cette explication est étonnante en elle-même ! C'est donc une
double-surprise, me semble-t-il.