A la gare d'Obiralovka, un moujik travaillait la ferraille

Publié le par Christophe Pierre

TOLSTOI - Anna Karénine

Il m'en aura fallu, des jours, mais me voila enfin arrivée à bout du fameux Anna Karénine du grand Léon Tolstoï ! Et c'est à regrets que je quitte Constantin Dmitrievitch Lévine et Kity Chtcherbatski, Stépan Arkadievitch, Vronsky, Anna et tous les autres. Je dois le reconnaître : les premiers moments auront été un peu laborieux, mais une fois les présentations faites, il est difficile de ne pas s'intéresser aux différents personnages dont Tolstoï nous fait partager les destins.  Non que ceux-ci soient exceptionnels. Ce qui fait l'intérêt de l'oeuvre de l'auteur russe, c'est le soin qu'il a mis à dépeindre le ressenti de chacun de ses personnages (parfois même d'un enfant ou d'un chien) : il nous livre chacune de leurs pensées, le pourquoi de leurs actes ou de leurs paroles, le cheminement de leur évolution. Rendez-vous compte que si les dialogues ne manquent pas, les raisons qui motivent chaque réplique sont presque toujours données par le narrateur ! De même, de longs monologues intérieurs sont parfois reproduits, lorsque l'un des héros est particulièrement tourmenté (par exemple, quand Lévine s'interroge sur l'existence de Dieu, ou Anna sur l'amour de Vronsky).

Amour, haine, jalousie, culpabilité, pitié, bonté,... sont autant de sentiments que Tolstoï illustre avec la maîtrise de celui qui connaît l'âme humaine... du XIXème siècle, car personne ne se reconnaîtrait aujourd'hui dans une dispute éclatant entre Lévine et Kity  !

Tolstoï est aussi et surtout le témoin de son temps. A travers la vie de la princesse Kity par exemple, il nous instruit sur le mariage, la gestion d'un nouveau ménage pour une jeune fille, la maternité ; par Anna Karénine, c'est bien sûr l'infidélité qui est mise en avant, tandis qu'Alexis Karénine permet d'évoquer l'institution du divorce, les hauts fonctionnaires russes, la droiture absolue dans la religion, la place du français dans les dialogues entre nobles ; Stepan (le frère d'Anna) est un mari volage mais un ami exceptionnel ; le comte Vronsky est l'un des nombreux représentants de la noblesse mais aussi de l'armée, qui nous emmène sur les champs de courses. Lévine, enfin, est un propriétaire terrien éminemment attaché à la campagne, ce qui permet à Tolstoï de s'épancher sur des questions d'agriculture, de condition du paysan, d'instruction, et bien sûr de faire un parallèle intéressant entre la vie à la ville avec ses dîners mondains et son oisiveté institutionnalisée et la vie de labeur loin de Moscou. Je ne peux évoquer la galerie de tous les personnages en quelques lignes, ni tous les sujets traités, si nombreux : retenez simplement que chacun d'eux mérite sa place au sein de ces quelques 600 pages.

De manière assez surprenante, les chapitres sont très courts (trois pages maximum), ce qui fait que même si un des sujets évoqués plus haut vous paraît moins digne d'intérêt, il ne vous faudra pas vous y soumettre trop longtemps. Le rythme assez lent des débuts s'accélère au fur et à mesure que les intrigues se nouent et se dénouent - à moins que mon attachement grandissant pour les personnages explique ce sentiment.

Léon TOLSTOÏ, Anna Karénine, 1877.

Défi J'aime les Classiques
Ce livre a été lu avec plaisir dans le cadre du défi J'aime les classiques

Publié dans Classiques russes

Commenter cet article

misss-bouquins 01/08/2010 18:22



Oulala je suis encore passée devant samedi ... Il me le faut !! ^^J'aime beaucoup tes avis, je trouve qu'on pas mal de lectures en commun.Cela me surprend que les chapitres fassent trois pages.



Pierre 12/08/2010 18:21



Oui, moi aussi j'ai été surprise par la longueur des chapitres ! Ca facilite la lecture (on peut s'arrêter où on veut), mais ça ne donne guère de rythme au bouquin qui est très lent. Cela dit,
quand on s'y est fait, ce n'est pas dérangeant, 'faut juste s'y habituer.



djak 09/06/2010 18:58



J'en ai lu des extraits seulement, mais je pense franchir le pas cet été, avec grand plaisir apparemment!



Pierre 10/06/2010 12:28



C'est ce que je te souhaite ! Tu fais bien de prévoir un peu de temps devant toi...



Véro. 06/06/2010 18:19



Je constate que tu auras assez rapidement franchi le pas et lu Tolstoï en t'attaquant à un pavé ! Je retrouve le style que j'ai rencontré dans La mort d'Ivan Illitch. Anna Karénine est dans ma
LAL en attendant que je franchisse le pas.



Pierre 07/06/2010 10:32



J'fais pas les choses à moitié, t'as vu.
(Bon, en réalité, je fais avec ce que propose la bibliothèque...)
Franchis, franchis, tu ne seras pas déçue (passées les premières dizaines de pages, le temps de s'attacher aux personnages).



mrs pepys 04/06/2010 08:17



Ce billet éveille de bons souvenirs de ma lecture d'Anna Karénine, pendant une folle période de Tolstoïmania.



Pierre 05/06/2010 10:33



Hihi, je suis contente de produire cet effet !
En ce qui me concerne, je poursuivrai ma découverte de Tolstoï avec les titres proposés à la bibliothèque - et si je ne m'abuse, il n'y a que le volume Souvenirs et récits de La Pléiade.



L'Ogresse 02/06/2010 14:24



Honte a moi, je me souviens avoir lu du Tolstoi il y a bien longtemps mais le(s) titre(s), je ne sais plus, ce que tu ecris me dit pourtant quelque chose...



Pierre 05/06/2010 10:30



Peut-être que tu as vu un des films tirés de Anna Karénine ? Wikipedia dit qu'il y en a eu plusieurs (mais je n'en ai vu aucun)...