A la mémoire d'Anatole

Publié le par Christophe Pierre

Anatole FRANCE - Les dieux ont soifEvariste Gamelin est peintre et patriote. Pris dans la tourmente de l'après Révolution française, il a des idées fort arrêtées sur la République et fréquente assidûment les comités.

Une fois Marat assassiné, Robespierre prend les commandes et afin de fortifier la République, il faut tuer dans l'œuf toute forme de pensée contreproductive. Nommé juré, Gamelin aura à se prononcer dans cette époque où la guillotine ne cesse de frapper, hommes et femmes dont la tête tombe ne sont pas forcément coupables de crime.

Anatole France dresse le portrait d'une période et illustre la possible férocité de l'Histoire.

Au-delà du récit proposé, il démonte avec minutie les opinions contraires qui se côtoient au sein d'une même nation et le cynisme avec lequel l'être humain peut aborder ses convictions lorsqu'il pense que la fin justifie les moyens.

Les personnages sont variés, l'auteur nous offre une palette riche et diversifiée en matière de psychologie, d'ambitions ou d'idéaux. Entre Brotteaux le sceptique, Longuemare le pieux, Rochemaure l'opportuniste, Athénaïs la juste, Marat le légendaire, Robespierre le Dieu vivant ou encore Elodie la fiancée éprise d'amour et de sang, le lecteur se forge au fil du livre une opinion sur ce que pense l'auteur.

Il n'y a ni clichés, ni manichéisme (Anatole France s'interroge : "Qu'aurions-nous fait à la place des juges et des bourreaux ?") ni fanatisme par trop répandu en Europe sur ces événements. L'auteur nous souffle l'idée qu’une Révolution n'est jamais faite que par des hommes avec toutes leurs limites et vient en aide davantage aux idéaux politiques qu'au Peuple.

Le style est soigné comme il l'est toujours chez cet auteur. Le vocabulaire est étendu et recherché, il nécessite parfois l'usage d'un dictionnaire pour les termes vieillis. Le dialogue est utilisé très justement et n'est là que pour éclairer sur les personnages. L'image est peaufinée et permet de s'imprégner rapidement de l'histoire.

Bref, depuis La rôtissoire de la Reine Pédauque, Anatole France ne m'a jamais déçu.

 

Anatole FRANCE, Les dieux ont soif, 1912.

Publié dans Classiques français

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domy 13/12/2009 09:16


Ahhhh ce cher Anatole... ♥