À la pêche aux moules-moules-moules...

Publié le par Christophe Pierre

Donna LEON - Mortes-eauxDevant le rayon des L à la bibliothèque, je me suis souvenue que Livraddict avait récemment proposé en partenariat la lecture du dernier roman de Donna Leon, Le Cantique des Innocents. C'est ce qui m'a donné envie de découvrir cet auteur de romans policiers qui ont pour toile de fond la Sérénissime, et c'est ainsi que j'ai choisi de suivre une enquête au hasard du fameux commissaire vénitien.

Si la couverture noire de l'édition Points, la mention "une enquête du commissaire Brunetti" et la quatrième de couverture concourrent à mettre en avant le côté policier du roman, je trouve que cet adjectif pourrait aisément être remplacé par "gastronomique". En effet, Mortes-eaux pourrait être un roman-gourmand car Brunetti passe plus de temps à déguster la bonne cuisine italienne qu'à résoudre son enquête qui est, somme toute, assez simple.

Le récit a pour toile de fond l'île de Pellestrina, peuplée de pêcheurs bourrus et secrets, dont la mort de deux d'entre eux vient troubler une paix toute relative. A ce double assassinat vient s'ajouter un troisième meurtre, qui n'a même pas pour effet de relancer l'action du roman qui, il faut bien le dire, reste au point mort pendant presque l'entièreté de ses 300 pages. C'est qu'on sent bien que l'ambition de Donna Leon se situe beaucoup plus dans l'idée de faire découvrir son pays d'adoption et de dresser de fins portraits psychologiques (principalement celui de Brunetti) que dans celle de nous tenir en haleine par une énigme palpitante. Car cette histoire de pêcheurs adeptes de la fraude fiscale est tout sauf captivante. Les quarantes dernières pages voient enfin l'action s'emballer (toutes proportions gardées...), avec un dénouement tout à fait cohérent et sans surprise. Donna Leon fait vraiment passer l'aspect "roman policier" au second plan lorsqu'elle fait répondre à son médecin légiste, auquel Brunetti demande une explication quant à l'heure de la mort de la troisième victime : « Contente-toi de me croire sur parole, Guido. On n'est pas à la télé, et je n'ai pas à t'expliquer ce que contenait son estomac , ou quel était le taux d'oxygène dans son sang », s'évitant ainsi une périlleuse démonstration scientifique. Kay Scarpetta rirait bien de cette pirouette !

Les meilleurs moments de Mortes-eaux restent encore les dialogues entre Giudo Brunetti et Paola, sa femme, pleins d'une complicité et d'une intelligence rafraichissants, ou encore ceux où l'on devine l'ambiguité des sentiments du commissaire pour sa secrétaire Elletra : on ressent de la curiosité quant à leur devenir, au contraire du sort des pêcheurs de palourdes, qui n'inspirent que de l'indifférence. Ces personnages attachants suffisent presque à donner envie de découvrir une autre aventure indolente du commissaire, rien que pour avoir le plaisir de les fréquenter à nouveau. Comme le dit Paola, s'adressant à son mari :

« Nous ne nous connaissons jamais vraiment bien, tu ne crois pas ?

- Qui ça ?

- Les vraies personnes.

- Que veux-tu dire, les vraies personnes ?

- Par rapport aux personnages de roman, expliqua Paola. Ce sont les seuls que nous connaissions vraiment bien, que nous connaissions véritablement. [...] Peut-être parce que ce sont les seuls sur lesquels nous disposons d'informations fiables. [...] Les narrateurs ne mentent jamais. »

Donna LEON, Mortes-eaux, 2004.

Publié dans Policier - Thriller

Commenter cet article

mrs pepys 23/04/2010 10:02



Je viens de lire Mort à la Fenice, et mes impressions sur l'intérêt de l'intrigue policière sont assez proches des tiennes. J'ai malgré tout apprécié cette lecture, car je suis une
inconditionnelle de Venise et car les descriptions de la ville sont fidèles à la réalité.



Christophe Pierre 23/04/2010 11:28



Je n'ai jamais vu Venise, et ne l'ai pas découverte avec Mortes-eaux : ce tome-ci est exclusivement tourné vers l'île de Pellestrina (qui n'est pas désagréable non plus), et de Venise,
on ne voit rien, sauf la questure.
A vous lire, flof13 et toi, j'ai l'impression d'avoir pêché le mauvais numéro à la bibliothèque, et qu'une nouvelle tentative avec Donna Leon s'impose. Ou un voyage à Venise !



flof13 23/04/2010 00:26



Vous avez lu ma chronique sur le Cantique des Innocents ? C'est vrai qu'ils passent pas mal de temps à table, ces italiens... mais j'avais plutôt aimé... ce n'est pas palpitant, mais les
personnages sont intéressants...



Pierre 23/04/2010 00:50



Je viens de relire ta chronique (lue une première fois à l'occasion du partenariat), et j'ai l'impression que l'intrigue du Cantique des Innocents est tout de même plus intéressante que
celle-ci, au pays des palourdes ! En tout cas, d'un tome à l'autre, on dirait que l'appétit de Brunetti ne tarit pas : ce n'est pas désagréable, c'est vrai, mais un poil déroutant dans ce
contexte, j'ai trouvé. Je me suis même dit que pour Donna Leon, l'intrigue policière ressemblait à un prétexte pour aborder des tas d'autres thèmes plus vitaux pour elle (la nourriture,
l'écologie, le mode de vie des insulaires, etc.).
Je suis bien d'accord avec toi : les personnages sont vraiment intéressants (et là-dessus, nous avons noté la même chose dans les deux opus).



Véro. 22/04/2010 19:40



Franchement pas tentée ... ça me semble bien trop mou tout ça.



Pierre 23/04/2010 00:52



C'est assez lent en effet - et nos travaux de peinture ne suffisent pas à expliquer que j'aie mis trois jours à lire ces petites 300 pages (autant dire une éternité). Cela dit, c'est un roman qui
a le mérite de donner envie de partir en vacances !



Neph 22/04/2010 19:06



Je n'ai jamais lu de Donna Leon, mais je crois que je dois avoir un a priori inconscient sur elle parce que j'aime les polars mais n'ai aucune envie de lire les siens... Hum.



Christophe Pierre 23/04/2010 00:54



Je vais soulager ta conscience, pouf : en matière de polar, tu ne rates pas grand-chose en passant à côté de Donna Leon. En revanche, si tu es une adepte du Guide du Routard, là...