A toute allure

Publié le par Christophe Pierre

Bricky est une provinciale venue à la ville pour réussir. Engagée comme entraîneuse, son boulot consiste à danser avec des inconnus des soirées durant en échange d'un salaire de misère.

Elle s'aperçoit rapidement des difficultés de la vie urbaine et finit même par considérer New-York comme une ennemie mortelle.

Un soir alors qu'elle gagne péniblement sa vie, un inconnu lui tend un rouleau complet de tickets. Au bout de cette danse pourtant, la boîte ferme, l'homme reprend ses tickets et s'en va.

Elle le voit de nouveau dans le hall, il a l'air hagard, perdu, en un mot : traqué.

Malgré la promesse qu'elle s'est faite de ne jamais ramener de ces hommes dont la seule idée reste toujours la même, elle se laisse reconduire par l'inconnu. Prise de compassion, elle le fait entrer chez elle et de fil en aiguille  ils tiennent une conversation surnaturelle...

Cet homme, cet inconnu traqué vient de la même bourgade que Bricky. Quinn a lui aussi été piégé par la ville.

A court d'argent vu les malheureux gages qu'il touche, il force le coffre d'un client et en dérobe le contenu. Le voilà devenu gibier...

Mais Bricky voit dans cette rencontre une chance inespérée... Et si ils repartaient à zéro. Quinn n'aurait qu'à remettre son butin en place et ensemble ils repartiraient dans leur petite ville loin des lumières trop vives de Manhattan.

C'est sans compter la malice des mégapoles. Quinn remet le butin en place mais découvre hélas le cadavre de Graves, le propriétaire des lieux.

 

Commence alors une course contre la montre pour découvrir les coupables, innocenter Quinn et reprendre les droits qu'ils ont sur leur vie...

 

William Irish n'écrivait pas de polars à ses débuts. Boudé par les éditeurs il est rapidement contacté par les "pulps" pour fournir des feuilletons policiers ou des nouvelles. Cornell Woolrich de son vrai nom est notamment à l'iorigine du célébrissime La mariée était en noir mis en scène par Truffaut mais aussi "enêtre sur cour qu'Alfred Hitchcock adaptera ou encore J'ai épousé une ombre qui lui aussi fait un tabac à l'écran.

 

Il signera pas moins de 350 nouvelles et sera primé à plusieurs reprises. Hélas le décès de sa mère l'affectera particulièrement. Il meurt en 1968 des suites de l'alcoolisme. IRISH, L'heure blafarde

 

L'heure blafarde laisse fortement transpirer l'influence des "pulps".

 

Irish table sur un découpage net entre les diverses parties du livre : les têtes de chapitre se trouvent être composées des heures qui s'égrènent. La technique rend davantage la notion de rapidité, d'empressement, d'urgence et laisse au lecteur le soin de se précipiter de chapitre en chapitre.

 

L'intrigue est basique et rappelle les anciens films de gangsters tournés en noir et blanc. L'action se base sur le rebondissement et la manière dont les héros s'en sortent paraît parfois cousue de fil blanc, mais il faut dire que tout cela participe au charme du genre.

 

Comme dans les "séries B" qui se respectent, le sentiment prend une place importante. L'enquête se base non sur une obligation de policier ou de détective, non comme une nécessité pour sauver une vie, mais comme le choix d'un nouveau départ, d'une nouvelle vie. Ce simple fait rend les personnages non seulement attachants mais aussi attachés, l'un dépend de l'autre et le récit prend rapidement la tournure d'une double narration. Il est amusant de voir d'ailleurs à quel point l'époque séparait les sexes : la femme interroge les femmes et l'homme interroge les hommes.

 

Même si il ne s'agit pas d'un chef d'oeuvre, le livre est intéressant et distrayant. Il a le mérite de nous ramener à l'époque bénie du roman noir où tout semble facile et où rien ne semble pouvoir défier le bien.

 

William IRISH, L'heure blafarde,1950.

Publié dans Classiques américains

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Véro. 06/05/2010 21:34



J'aime bien cette couverture très série B ! Le thème de la reprise en main de sa vie est intéressant aussi mais ma LAL survivra-t'elle à mes passages chez vous ?



Christophe Pierre 11/05/2010 23:16



Certainement non, mais soyons fous... :D