Absolute Freunde

Publié le par Christophe Pierre

John Le Carré - Une amitié absolueLa quatrième de couverture d'Une amitié absolue, ainsi que sa réputation, est un peu trompeuse : ce n'est qu'après avoir parcouru les trois-quarts du livre que la guerre en Irak fait véritablement son entrée, avec son lot de critiques et de controverses. Mais n'allez pas croire que les 300 premières pages sont à jeter : loin s'en faut ! John Le Carré signe cette fois encore un excellent roman.

Si vous vous êtes toujours demandé comment un homme ordinaire (ou presque) devient un espion, ce livre est pour vous. Car John Le Carré retrace la vie de Ted Mundy dès sa naissance au Pakistan, fils d'un major anglais, jusqu'aux événements de 2003 en passant par ses activités gauchistes à Berlin Ouest dans les années 1960. On en oublierait presque que c'est un maître du roman d'espionnage (aux antipodes d'un Robert Ludlum, certes) qu'on a sous les yeux, jusqu'à ce que Ted Mundy devienne un agent double à la solde de la Reine.

Sacha, leader idéaliste, difforme mais charismatique du mouvement des étudiants communistes de Berlin Ouest devient l'ami absolu de Ted Mundy. Leurs destins sont inextricablement liés, et pendant dix ans, au coeur de la guerre froide, ils travaillent ensemble à tromper la Stasi.

Le style de John Le Carré est un régal : il mêle dans de parfaites proportions un humour discret dans des tournures de phrase piquantes, une ironie maîtrisée, et un sérieux rendu nécessaire par les graves sujets abordés. Afin de ne pas être tout à fait perdu, il est indiqué de connaître les grandes lignes de la guerre froide, des idéologies de l'époque (communisme, anarchisme, lendemains du nazisme, impérialisme américain,... sont au menu) et de l'actualité "récente" (la guerre du pétrole... c'était hier, non ?).

C'est sans jamais être barbant que John Le Carré plante le décor politique de son roman, même s'il faut rester attentif pour saisir qui est avec qui, qui travaille pour qui... et ne pas être trop décontenancé à la fin. Les discours théoriques de Sacha sur le socialisme, ceux de Dimitri sur la guerre en Irak, etc. sont digestes précisément parce qu'ils sont rapportés dans des dialogues et sont importants pour le récit : il ne s'agit pas d'interminables digressions de l'auteur.

En un mot, l'intérêt du roman est double : la vie de Ted Mundy, son enfance pakistanaise, son initiation berlinoise à l'activisme, son mariage, son job au sein du British Council, sa rencontre avec Zara et Mustafa et bien sûr son amitié avec l'insaisissable, l'irrésistible Sacha se mêlent aux intrigues politiques et idéologiques dans lesquelles se trouvent impliqués les deux espions.

John LE CARRE, Une amitié absolue, 2004.

Commenter cet article

Véro 11/02/2010 18:49


Ah voilà une lecture qui s'impose puisque mon fils a décidé que son futur métier serait "espion" ...


Pierre 12/02/2010 14:39


Alors là, à l'issue de cette lecture, tu risques de le séquestrer dans sa chambre jusqu'à ce qu'il change d'avis (si tu n'étais pas déjà convaincue) !


cherloque olms 11/02/2010 03:52


Ses trop bi1 lol


flof13 10/02/2010 23:58


ah, celui-là, je ne l'ai pas lu... J'avais adoré La Petite Fille au Tambour !!! J'ai flippé tout le long...


Pierre 11/02/2010 13:06


Celui-ci, tu pourras le lire assez sereinement... De John Le Carré, je n'ai lu que La Taupe (avec le célèbre George Smiley) et La constance du jardinier, excellent.