Au Royaume d'Emmanuel

Publié le par Christophe Pierre

François EMMANUEL - Le sentiment du fleuveVoilà un court roman qui inspire de longues réflexions. A l'évidence, l'héritage de Jérôme ou les enquêtes de feu Isaïe Mortensen sont loin d'être l'enjeu unique et principal de ces 150 pages...

La première raison pour laquelle vous devriez lire ce petit roman gris, c'est pour l'écriture exceptionnelle de François Emmanuel : la précision dans le choix des mots, la richesse du vocabulaire, la fluidité de ses longues phrases, le rythme pensé, la pointe d'humour en font un auteur incontournable.

La deuxième raison pourrait être de vouloir faire connaissance avec une certaine vision du royaume de Belgique, de Bruxelles, principalement à travers les mots ampoulés du personnage du notaire Basinger : « En ce qui concerne enfin le royaume où tout cela se passe, singulière et difficultueuse harmonisation de deux peuplades et d'une infinité de microethnies, il semble autant inspiré par le théâtre d'Aristophane que par la mythique platonicienne, mais force est de constater que l'attelage qui le tracte (un cheval de trait, un bel étalon) n'a pas encore versé sur le bas-côté de la route, et d'ailleurs son monarque n'a pas si mauvaise mine sur les timbres-poste [...]. » François Emmanuel émaille son récit de belgicismes croustillants et italiques, de bières d'abbaye, mais surtout de ruines (de l'immeuble de Mortensen, de la ville, de Jérôme ?), de pluie et de chantiers afin d'illustrer un pays en perdition.

Les personnages du roman, outre les Mortensen, valent le détour : Ursula la cantatrice hongroise, Maria Félicia Concepción, la sensuelle femme d'ouvrage d'Isaïe, le vieux voisin et ex-batelier Xhaflaire et son ennemie jurée la concierge, mais aussi les clients du détective, l'oiseau bavard et la chatte Nephtys. Leurs paroles, le plus souvent inattendues, sont rapportées par le narrateur dans un style indirect - car François Emmanuel semble allergique aux dialogues - et ne semblent jamais anodines, bien au contraire.

Si dans cette chronique je ne me propose pas de faire l'analyse du roman, ce n'est pas qu'elle est superflue, mais plutôt qu'elle vous sera toute personnelle. Je n'ai qu'un conseil à vous donner : laissez-vous envahir par Le sentiment du fleuve, puis laissez-le décanter, mais ne vous attendez surtout pas à lire un polar à la belge.

François EMMANUEL, Le sentiment du fleuve, 2003.

Publié dans Littérature belge

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Véro 02/03/2010 19:08


Et pourquoi pas ? Je ne connais pas la Belgique moi ...


Christophe Pierre 08/03/2010 11:46


Le style est très belge, mais ce n'est pas une lecture qui te donnera une image très positive de notre pays...


mrs pepys 18/02/2010 18:13


Un polar belge ! En voilà une bonne idée, surtout s'il est question de bières et que les belgicismes y ont leur place. C'est la lecture idéale avant mon petit séjour belge de la semaine prochaine.


Christophe Pierre 20/02/2010 21:17


Tu viendras nous dire ce que tu as pensé des bières d'abbaye ? Heu, ou alors du livre de François Emmanuel, comme tu veux !


domy 18/02/2010 09:48


Il me semble que je me laisserais bien tenter par cette lecture là...


Christophe Pierre 18/02/2010 09:51


Alors je te le prêterai vite vite car c'est un emprunt bibliothèque ! Mais comme c'est fort gris, tu risque encore d'être toute imprégnée...