Brûler le détroit de Gibraltar

Publié le par Christophe Pierre

Tahar BEN JELLOUN - PartirIl y a quelques mois, j'avais été chamboulée par le très touchant Sur ma mère de Tahar Ben Jelloun. C'est sur un tout autre ton que l'auteur franco-marocain évoque le rêve que chérissent ses jeunes compatriotes de quitter leur pays natal pour rejoindre l'Europe de tous les possibles. Il décrit sans concessions un pays rongé par la corruption et la pauvreté, où l'oisiveté et le désespoir sont le lot commun de la jeunesse, même la plus diplômée : c'est ainsi que partir devient vital. Cependant, le Maroc de Tahar Ben Jelloun conserve un certain charme, celui d'une richesse culturelle, qui transparaît malgré tout à travers ces 300 pages d'aventures malheureuses vécues par Azel et ses proches.

Azz El Arab rêve donc de rejoindre l'Espagne, lui qui, malgré son diplôme de droit, n'arrive pas à trouver un travail et vivote aux crochets de sa soeur, Kenza. Lorsque Miguel lui en offre la possibilité, il n'hésite pas, même s'il sait que le prix à payer en sera élevé... Car en effet, son riche bienfaiteur est amoureux de lui, et il s'attend à ce que son protégé le lui rende bien. Si la trame peut être résumée en ces quelques mots, ils sont loin de rendre le mal-être qu'Azel s'apprête à vivre, au point de ne plus savoir qui il est vraiment. C'est une lente descente aux enfers que le jeune homme va suivre, même si Miguel va s'avérer être un homme d'un bonté exceptionnelle - l'un des personnages les plus attachants du roman, avec la courageuse Kenza. Personnellement, j'avouerai même qu'Azel ne m'a inspiré ni sympathie, ni empathie, même dans ses moments de doute et de souffrance. Peut-être que son obsession pour le sexe, son hypocrisie vis-à-vis du très sincère Miguel, son absence de consience - par opposition à l'honnêteté de sa soeur, pourtant partie d'une situation similaire ! -, ne sont pas étrangères à mon désintérêt pour ce personnage.

Partir, s'il est loin d'être une lecture de tout repos, a le mérite d'ouvrir les yeux sur plusieurs réalités qui sont peut-être trop méconnues. Le mal-être des jeunes Marocains, le pourquoi de leur désir si fort de quitter leur pays pour notre Europe, la lourdeur de certaines traditions (incarnées par la mère d'Azel et Kenza), la corruption et d'autres maux qui rongent le Maroc d'avant Mohammed VI.

Tahar BEN JELLOUN, Partir, 2006.

Publié dans Littérature marocaine

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Véro. 23/05/2010 22:22



J'ai beaucoup aimé La prière de l'absent. L'auberge des pauvres m'attend dans ma PAL mais je note ensuite ce titre !



Pierre 31/05/2010 20:46



Quant à moi, je lirai encore cet auteur. Alors tant qu'à faire, je prends note de "La prière de l'absent", puisque tu le recommandes ! Sans toi j'aurais continué à piocher au hasard !



Matilda 22/05/2010 11:39



Autant Sur ma mère ne me tentait pas, autant celui-ci me semble parfait ^^ Je note le titre !


PS / j'ai reçu au courrier ce matin Où on va papa ? Merci beaucoup encore une fois (j'adore la petite carte ._.).



Pierre 31/05/2010 21:03



Sur ma mère était très difficile à lire (et atypique au niveau du style de l'auteur, je le constate maintenant) ; ce n'est pas le cas de celui-ci même s'il aborde des thèmes sérieux et
préoccupants.


Contente pour la carte :p



Liyah 21/05/2010 20:11



C'est un auteur que j'aimerai beaucoup decouvrir !



Pierre 31/05/2010 21:04



Il gagne à être connu, je pense. Tu devrais apprécier une certaine poésie, à certains moments.