Capri, c'est fini...

Publié le par Christophe Pierre

MORAVIA - Le méprisRiccardo et Emilia viennent de passer deux années heureuses. Amoureux et marié, Riccardo goûte à la présence de cette épouse qu’il aime au-delà du raisonnable.

Ecrivain dont l’œuvre ne lui permet de vivre décemment, il conçoit des scénarios pour Battista qui est producteur de cinéma.

Emilia ne rêve que de posséder une maison avec un intérieur à décorer, entretenir, chérir. Pour assouvir ce désir, Riccardo met de côté ses désirs artistiques au profit d’une carrière scénaristique plus rentable.

Et alors que Riccardo semble prolonger sa collaboration avec Battista, il sent chez Emilia un changement d’abord subtil puis de plus en plus marqué. Il lui semble qu’elle ne l’aime plus. L’idée l’obsède.  Il veut savoir, questionne sans cesse Emilia jusqu’à la réponse fatale : non seulement elle ne l’aime plus mais elle le méprise.

Riccardo cherchera à comprendre l’origine de ce mépris et tentera de reconquérir Emilia malgré l’ampleur du désastre.

Le mépris est un roman vrai, authentique, poignant qui parle d’amour au quotidien sans tromper sur la marchandise. Il décrit cette situation où un être cesse d’aimer au plus grand désarroi de celui qui, lui, n’a cessé d’aimer.

C’est un livre qui traite de l’estime de soi, de l’image que l’on voit lorsqu’on porte le regard sur soi. Riccardo se méprise bien avant que ne le fasse Emilia. Il ne voit pas d’issue à sa carrière d’écrivain, se sent dépassé par les événements et déteste le travail qu’il fait.

Moravia nous livre les caractères, les tempéraments et les vies de chacun : Battista l’arriviste prêt à tout, Riccardo le poète idéaliste, Rheingold  l’analyste froid et pragmatique.

Moravia a ce trait de génie d’utiliser l’art à contre-courant. Il n’en fait pas ce facteur d’influence pour la vie des spectateurs mais au contraire rend le regard porté sur l’art tributaire des tempéraments et des points de vue de celui qui observe. Ainsi nous ne pourrions plus dire : « La musique adoucit les moeurs » mais bien « Les mœurs pourraient adoucir la musique ».  Et la talent s’illustre dans l’usage que fait l’auteur dans le choix du livre à adapter par les scénaristes.

Riccardo a pour tâche de transposer au cinéma l’Odyssée d'Homère. Il devra collaborer avec Rheingold, scénariste germanique très influencé par la psychanalyse. Battista ne veut pas d’un film psychologique mais veut un spectacle grandiose qui rapportera de l’argent, et il charge Riccardo de freiner les ardeurs de Rheingold. Mais Rheingold voit dans le récit d’Ulysse et de Pénélope une histoire de couple davantage que d’héroïsme. Histoire qui se calque sur la propre existence de Riccardo et donnera au récit un jeu de miroir très intéressant quant à la compréhension  de cette histoire d’amour en perdition.

Un livre magistral, subtil, tendre et cruel qui donne au lecteur la mesure du sentiment humain et de son cortège de souffrances.

Un livre essentiel mais douloureusement tragique.

Alberto  MORAVIA, Le mépris, 1954.

Publié dans Littérature italienne

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Commenter cet article

Véro 08/02/2010 18:29


Trouvant élèves et parents d'élèves bien pénibles en ce moment, je préfère des lectures  plutôt distayantes donc, je note le titre mais pour plus tard ... au mieux, les grandes vacances, au
pire la retraite si j'y arrive un jour !


Christophe Pierre 15/02/2010 10:34


Bah allez hein Véro, courage... Si tu savais le boulot que je fais tu plongerais dans ton canapé et tu dévorerais le livre avec un optimisme non feint.
Prends soin de toi quoi qu'il arrive et te laisse pas "em..." par les ptits soucis. Comme le disait Vian : "On n'est pas là pour se faire engueuler, on est là pour voir le défilé..." :D


Véro 07/02/2010 20:46


Ca me m'a pas l'air bien gai tout ça ... pas sûr que ce soit le type de livre à lire pour moi en ce moment.


Christophe Pierre 07/02/2010 21:41


Bin effectivement je ne peux pas dire que ce soit gai. C'est sensible, intéressant, passionnant, bien écrit mais pas gai du tout... Donc si tu as le moral un peu plat lance toi dans un livre un peu
plus "distrayant".
Courage et bonnes lectures malgré tout.


domy 05/02/2010 10:56


Ah bon... Des nouvelles d'Hervé ?


Christophe Pierre 07/02/2010 21:43


Heu non, il est toujours en ville ?