Carnet de bord : "L'innommable" (3)

Publié le par Christophe Pierre

Carnet de bord : BECKETTAu fil de la lecture, rien dans ce récit ne semble s’éclairer. La clé ne semble résider ni dans le suspens ni dans une hypothétique morale que l’auteur voudrait partager avec nous.
Seule la solitude du narrateur nous apparaît face à une toile blanche sur laquelle Beckett projette à son bon plaisir la vacuité du néant ou la réalité fantomatique d’un décor inconnu.
Parfois immergent d’on ne sait d’où d’autres personnages, mais ils ne sont là que pour posséder l’immatériel héros, pour le contraindre "au" parler et à l'errance immobile.
Et dés cet instant, le flux continu de paroles apparaissent comme un nécessaire exorcisme. C’est pour cette raison qu’il ne nous est pas connu précisément, c’est pour cette raison qu’il ne peut parler de lui-même mais semble obligé de raconter la vie des êtres qui gravitent sans cesse autour de lui.
Le voilà par exemple sous les traits d’un Mahood : l’homme tronc déposé dans une jarre sur une couche de litière. Aucune raison mentionnée quant à l’état dans lequel il se trouve, éventuellement cet indice qui relate l’histoire des hommes qui s’en saisirent  et lui tranchèrent les membres. Dans son délire il nous apprend qu’il est  un mâle et qu'il a échappé à l’émasculation. Il avoue bien malgré lui ne plus avoir l’usage de ce sexe qui jadis raidissait à la moindre raison.
Le voilà contraint de s’exciter sur les croupes des percherons qu’il imagine traverser les champs…
Piètre humanité…
A chaque fois nous en revenons à la même question : est-il un homme détaché de sa raison ou est-il un Dieu devenu le jouet de ses créateurs ?
C’est un étrange  Univers que Beckett offre à ses lecteurs. Son style semble être un croisement entre le monde polymorphe de kafka et l’absurdité ubuesque d’Alfred Jarry.
Je crois qu’une simple lecture ne suffira pas. Je pense avoir à faire avec une symbolique propre à Beckett et devoir m’intéresser de plus près à son œuvre pour y voir plus clair.
Quoiqu’il en soit, ce livre est fascinant, subjuguant, hallucinant. L’auteur fait preuve d’une poésie brutale, brûlante voir infernale tant elle relève de la vision cauchemardesque. Le livre semble venir confirmer la conversation tenue hier avec mon meilleur ami : l’Art se doit selon moi d’être un appel direct à l’émotion, à ce qu’elle a de plus brute, de plus instinctive et se soustraire dans un premier temps à toute forme d’analyse. Je ne peux m’empêcher de penser que cet art constitue l’intersection entre ce que nous avons de plus purement, de plus directement, de plus humainement animal et ce qui fait de nous ces êtres aux penchants dévorants pour l’abstraction et l’immatériel.

Publié dans Carnets de bord

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Windows 10 download 12/12/2014 09:40

It is nice to read about the various faces of exorcism. It is done by only experienced priests and it need years of practice. I will try to get a copy of the book "The unspeakable”. It contains lot of mysteries.