Charlie et... Charlie.

Publié le par Tante Clara

Daniel KEYES - Des fleurs pour Algernon

Depuis qu'on l'a écarté de sa famille Charlie travaille à la boulangerie. Monsieur Donner est gentil avec lui, il lui fait nettoyer les cabinets. Les ouvriers aiment bien Charlie et Charlie aime bien ses compagnons. Ils sont amis. Ils rient beaucoup.

De ses parents Charlie a peu de souvenirs, un peu plus de sa soeur Norma mais il y a longtemps qu'il ne les a plus vus.

Charlie se rend chaque jour au cours de Miss Kinnian. A l'école pour adultes retardés il apprend à lire et à écrire. Il voudrait bien devenir un telligent. Au moins autant qu'Algernon. Algernon est intelligente elle, c'est vrai c'est toujours elle qui gagne quand ils font une course. Elle arrive toujours première au bout du labyrinthe. Oui elle est bien plus intelligente que lui.

Algernon est une souris intelligente !

Faut dire qu'elle a été opérée et si Charlie réussit bien ses tests, il sera opéré lui aussi.

Miss Kinnian, Charlie aime beaucoup Miss Kinnian, lui a dit qu'il avait été choisi à cause de sa grande motivation.

Le Docteur Strauss et le Professeur Nemur et Miss Kinnian le mettent en garde contre les risques d'une telle intervention, personne n'en connaît les conséquences, ni même si ça va marcher, ni combien de temps ça marchera. Charlie accepte et ne regrettera jamais, JAMAIS, son choix.

Ca y est Charlie a battu Algernon. Charlie est devenu un telligent !

Ses facultés à apprendre sont décuplées, à peine trois mois sont passés qu'il maîtrise une vingtaine de langues mortes et modernes. Charlie dévore tous les livres, écoute toutes les musiques, apprécie toutes les oeuvres d'art, il ne faut pas longtemps pour que l'élève dépasse ses maîtres... et les autres.

Charlie s'éveille au sentiment amoureux mais sa relation avec Alice Kinnian n'aboutira que plus tard car Charlie, l'autre, l'idiot, celui qui reste malgré tout présent dans un coin de sa tête, ce Charlie là se rappelle les paroles de sa mère « ne touche pas aux filles mon garçon ».

Charlie rêve beaucoup, il fait des cauchemars, il se souvient. Peu à peu le puzzle de son enfance prend forme, les pièces manquantes il les cherchera quand il se sentira prêt à retrouver Matt et Rose et Norma.

En même temps que d'immenses connaissances scientifiques Charlie apprend une foule de sentiments et d'émotions inconnus jusqu'alors.

Il souffre quand il comprend que ses amis se moquaient. Ils ne riaient pas avec lui mais de lui.

Il en sait plus que quiconque, imbu de lui-même il devient arrogant. Il ne rit plus.

Sa grande désillusion sera de n'avoir jamais été traité en humain, ni quand il était bête, ni quand il était intelligent... juste une expérience... comme Algernon.

Il se sent seul.

Dès que les facultés de la souris commencent à décliner Charlie comprend l'urgence de trouver la faille. Le grand savant qu'il est devenu rassemble ses notes, ses comptes rendus (le roman que vous lirez) et écrit un rapport pour les générations futures.

La fin de l'histoire, si prévisible qu'elle soit, n'en reste pas moins perturbante.

Mon sentiment de tristesse a peu à peu fait place à une profonde réflexion.

Je suis tout à fait consciente que nul ne voudrait d'un monde « d'adultes retardés » mais je me demande si la clef, le secret du bonheur universel ne se trouve pas là. S'aimer les uns les autres, simplement, gratuitement, juste pour ce que l'on est. Le vieil adage « heureux les simples d'esprit » prend ici tout son sens...

Ahhhh... Ohhhh... Non mais... Ca ne va pas ?? Je vous entends d'ici.

Mais...

La solution pour un monde libre et en paix, l'homme intelligent la cherche toujours...


Daniel KEYES, Des fleurs pour Algernon, 1972.

Publié dans Science-fiction

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GRAINEDANANAR 12/06/2010 11:22



J'ai lu il y a fort longtemps ce chef d'oeuvre, et je l'ai enseigné également auprès de publics en grandes difficultés de lecture et d'écriture. A chaque fois ce fut un grand moment. Non
seulement, ces élèves pouvaient s'identifier immédiatement à Charlie (son écriture, le fait qu'on se moque de lui...) mais très vite, ils comprenaient qu' eux-mêmes se moquaient souvent de plus
"bêtes" qu'eux ...


Ils décomplexaient également lorsqu'ils voyaient à quel point l'intelligence peut isoler des autres. Et finalement, c'était bien cela qu'ils finissaient par penser, que l'on doit se respecter les
uns les autres, avec nos différences, "attardés" ou "intellos". On prenait à chaque fois une grande leçon d'humanité.


Et je dois dire que je trouve ce billet particulièrement beau, parce qu'il restitue parfaitement l'esprit de ce livre.



domy 04/02/2010 20:51


@ Elora : surprenant.... Question de "ressenti" peut-être...


Elora 03/02/2010 23:01


Il n'y a pas à tortiller mais j'ai adoré le début pour aller de déceptions en déceptions à la fin.


domy 03/02/2010 06:16


@ Véro : merci beaucoup, ça me fait plaisir ce que tu écris là. Je suis sûre que tu ne regretteras pas d'avoir changé d'avis


Véro 02/02/2010 19:28


Eh bien moi je dis "Bravo Tante Clara" car j'avais lu plusieurs critiques sans avoir eu envie de lire ce livre et maintenant, avec ce billet, c'est chose faîte !