Chasseur de critiques

Publié le par Christophe Pierre

Philip Roth, Exit le fantôme

Exit le fantôme ne jouit pas à proprement parler d'une véritable histoire. Le récit semble réduit à sa plus simple expression, il constitue davantage une excuse qui autorise Roth à développer toute une série de réflexions intéressantes sur le devenir de l'écrivain.

Après plusieurs années d'isolement dans le Massachussetts, Zuckerman rentre à New-York afin d'y subir une intervention chirurgicale susceptible de corriger son incontinence.

La rencontre d'Amy Belette, maîtresse du défunt mentor de Zuckerman, donne à ce dernier la perspective de sa propre vieillesse. Surgissent alors d'énormes coïncidences (ou devrions-nous dire opportunités ?) : l'annonce d'un jeune couple d'écrivains cherchant à échanger leur demeure contre une maison campagnarde et l'apparition d'un certain Kliman désirant écrire une biographie de Lonoff.

C'est ainsi que Zuckerman s'installe à nouveau dans la bouillonnante New-York et c'est ainsi qu'il devra tenter à tout prix d'empêcher l'exhumation du soi-disant secret de Lonoff.

Philip Roth offre au lecteur une réflexion puissante sur la vieillesse et sur la mort, sur le devenir posthume de l'auteur et de son oeuvre et sur l'évolution des moeurs littéraires dans l'Amérique moderne. Il décrit d'un ton acerbe la critique dénuée d'un sens artistique véritable mais noyée dans le cynisme visant plutôt à fouiller l'intimité de l'auteur que de porter un véritable regard sur son oeuvre.

Amy Belette écrit son désarroi dans ce courrier adressé au Times : l'écrivain doit-il forcément avoir fait du tort à sa mère, son père, sa fille, son fils... pour être digne d'intérêt ?

« Il fut un temps où les gens intelligents se servaient de la littérature pour réfléchir. Ce temps ne sera bientôt plus. »

Et Lonoff de poursuivre cette désillusion en affirmant que "les lecteurs et les auteurs tels qu'ils étaient ne sont plus que des fantômes".

Zuckerman regarde d'un oeil morne et perdu ce qui pourrait bien être son avenir. A 71 ans et bien que fou de désir pour cette jeune trentenaire venue jadis du Texas, il ne peut rivaliser avec cette jeunesse pleine de morgue et d'arrogance. Il n'est plus que ce vieillard usé et juste bon à imaginer ces dialogues entre lui et la jeune Jamie.

Roth en profite pour dépeindre l'Amérique de Bush, l'usage brutal d'une politique de pouvoir et la déception d'une élection qui ne peut plus être une erreur du citoyen. Il n'hésite pas à fustiger les actes de terrorisme mais tout aussi durement la façon dont ceux-ci ont été utilisés à des fins économiques.

Un livre distrayant et instructif à la fois dans lequel l'auteur se permet des introversions prenantes grâce à la mesure romanesque souvent plus digeste que le simple documentaire.

 

Philip ROTH, Exit le fantôme, 2009.

 

Pour mon dernier article, je vous invite à aller voir les autres billets qui concernent Philip Roth :

Le petit Robert

Sexe, déclin et regrets

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djak 01/06/2010 18:32



Un livre qui a l'air fort riche! d'autant que je ne connais pas encore les écrits de Roth.



Christophe Pierre 05/06/2010 00:09



Effectivement c'est un livre plein de surprises, de questions pertinentes et intéressantes... Je ne peux que t'inviter à découvrir Roth, déstabilisant mais plein de charme littéraire.



Véro. 31/05/2010 20:53



Très belle citation dans un article comme d'habitude tellement convaincant que ce titre vient de rejoindre ma LAL !



Christophe Pierre 05/06/2010 00:09



Je te remercie, et comme d'habitude je souhaite que tu ne sois pas déçue de tes lectures.