« Développer une dangereuse générosité »

Publié le par Christophe Pierre

Kris NELSCOTT - La route de tous les dangersLa route de tous les dangers nous plonge dans le Memphis de l'année 1968, le Memphis qui verra mourir Martin Luther King. C'est la grève des éboueurs, qui met la ville sens dessus dessous, les émeutes, les manifestations. Le premier tué noir. Tout ça, c'est historique, authentique, et Kris Nelscott a l'art de faire fusionner ces événements avec son héros, Smokey Dalton. Car le détective connaît personnellement Martin Luther, il vit entouré des immondices laissés par les travailleurs, est gêné par les piquets de grève, suit les infos à la radio, fait partie du service d'ordre du docteur King, est blessé dans la manifestation qui dégénère,... Bref, il a les deux pieds dans la réalité de 1968. Pour moi, cela représente le point fort de ce roman noir.

Mais j'ai aussi apprécié que l'auteur tente de nous faire ressentir ce que pouvait être l'appartenance à une communauté - celle des noirs américains, ayant souffert de la ségrégation ou de bien pire  -, en l'illustrant par la solidarité entre ses membres, mais aussi par ses déviances, notamment représentées dans le mouvement des Black Panthers. Smokey Dalton, qui est le narrateur et qui nous partage sans s'épancher ses états d'âme, s'explique plusieurs fois sur son implication vis-à-vis de la communauté, et aussi sur sa condition d'homme noir ayant souffert personnellement et de la manière la plus cruelle qui soit de la ségrégation.

« Incroyable, la façon dont j'avais été conditionné ! Et ce qui m'en restait encore aujourd'hui. J'étais incapable de m'en libérer. Pour la première fois depuis des années, j'aurais voulu parler à Martin Luther afin qu'il me dise comment il s'y était pris pour se débarrasser du carcan, comment il avait fait pour comprendre qu'il était plus grand qu'on ne le lui avait rabâché. »

J'en arrive à la structure du roman. L'enquête de Smokey Dalton, qui prend un tour très personnel puisqu'elle est liée à son passé, ne décolle vraiment que passée la moitié du livre. A partir de là, tout s'enchaîne, on a vraiment la sensation d'enfin avoir passé la seconde, et c'est bien agréable. La première partie est plutôt consacrée à planter le décor historique dont j'ai déjà parlé et à faire entrer en scène les personnages, à savoir principalement la cliente, Laura Hathaway, et Jimmy, le gosse dont on sent qu'il aura une importance particulière dans la vie de Smokey.

Donc, le roman est articulé en trois axes : la relation entre le détective et l'enfant, celle entre Smokey et Laura, et l'enquête proprement dite. Le problème est que dès la rencontre entre la blanche Laura et le noir Smokey, on devine comment leur relation va évoluer (au bout de 200 pages), que de la même manière on prévoit très rapidement le dénouement approximatif de la fameuse enquête (que Smokey éclaircit après plus de 300 pages). Certes, l'explication réserve quelques surprises, mais du point de vue de l'intrigue policière, ne justifie pas la longueur de l'enquête et ses tâtonnements. En revanche, la construction historique et  celle de Dalton, oui ! De même que le développement d'autres thèmes, comme celui de la famille, du secret, de l'identité.

Le style de Kris Nelscott m'a laissée dubitative : s'il consistait à copier le parler d'un détective privé de Memphis (je suppose que c'est le cas), c'est sans doute une réussite. Un peu d'argot, assez peu d'humour, un parler assez lâche. Cependant, les répétitions dans les tournures de phrases, dans les expressions et même dans les termes avaient quelque chose d'agaçant, de même que les rappels de faits évidents. Pas de quoi jeter le livre par la fenêtre...

En un mot, vous l'aurez compris, La route de tous les dangers est bien plus qu'un polar.

Une dernière chose...  Vous pouvez continuer à suivre les aventures de Smokey Dalton car Kris Nelscott lui a consacré cinq autres tomes qui sont la suite de La route de tous les dangers, premier opus paru en l'an 2000.

 

Pour cette lecture, je remercie Livraddict et les éditions Points !

Livraddict
POINTS




Kris NELSCOTT, La route de tous les dangers, 2000 (2010 chez Points).

Publié dans Roman historique

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Véro. 06/07/2010 18:09



Ah...eh bien, je garderai cette info en tête ou j'essaierai  !



Pierre 11/07/2010 08:53



J'ai vu que tu avais lu le billet sur Vish Puri, c'est donc à cet excellent roman policier-là que je faisais allusion ! :)



Véro. 04/07/2010 20:28



Très intéressant d'un point de vue historique, je note !



Pierre 06/07/2010 17:33



Je viens de terminer un autre roman policier qui a pour héros un détective privé, et je peux te dire qu'en comparaison, l'enquête menée par Smokey Dalton me paraît encore plus fade que quand j'ai
rédigé mon billet ! Je n'en dis pas plus, mon billet bientôt. Tout ça pour dire qu'effectivement, c'est vraiment l'aspect historique qui fait l'intérêt de La route de tous les dangers,
parce que le côté roman noir manque vraiment de piquant.



flof13 02/07/2010 23:39


ah, tu dois confondre avec quelqu'un d'autre... car j'aime les romans policiers, les thrillers, etc...


Pierre 03/07/2010 00:35



Elle était pas drôle ma blague, alors ?



domy 01/07/2010 12:41



We also have a dream, Martin....



Pierre 03/07/2010 22:48



Quand tu penses que les Américains ont élu un président noir... de l'eau a coulé sous les ponts :D



flof13 01/07/2010 11:29


Moi, ça m'intéresse bien, contexte historique surtout ! donc je le note...


Pierre 02/07/2010 23:01



Oui mais c'est aussi un roman policier, est-ce que tu t'y feras ? Je sais que tu n'aimes pas trop ça...