Kafka, l'autre versant...

Publié le par Christophe Pierre

KAFKA - Journal intime C'est d'un livre quelque peu particulier dont j'aimerais vous entretenir aujourd'hui. Le Journal intime de Franz Kafka est une source inépuisable d'informations sur ce personnage ambigu ; il offre au vu et au su de tous les coulisses du Procès, la trame de la Métamorphose et la motivation de la Lettre au père.

Il présente un écrivain talentueux mais déchiré entre l'authentique vie et l'œuvre littéraire, incapable de trancher, reclus dans un quotidien professionnel médiocre et étouffant de bureaucrate, dans un judaïsme rigoriste qu'il subit davantage comme un châtiment que comme une profession de foi et dans une vie familiale difficile où il refuse la vie conjugale persuadé de rendre malheureuse l'épouse qui partagerait ses doutes.

Kafka nous donne la sensation de passer ses jours à expier une faute dont il ne connait pas la source. L'extrait suivant donne le ton de la propre opinion qu'il se fait de lui :

Ce n'est pas en raison de ma situation sociale, mais bien plutôt en raison de ma propre nature que je suis un être renfermé, taciturne, insociable, insatisfait, sans pouvoir désigner cela comme mon malheur, car ce n'est là que le reflet de mon but. [...] Un mariage ne pourrait me changer, pas plus que ma situation ne le peut.


Il décrit sa famille comme des êtres à qui il n'a rien à dire et va jusqu'à trouver des raisons psychologiques à sa maladie pour justifier l'impossibilité d'une union.

Bien au delà de cet éclairage sur la personnalité de Franz Kafka, l'écrit nous donne une idée approximative sur la vie intellectuelle dans l'Allemagne du début du XXème siècle, nous apporte quelques explications sur le judaïsme tel que Kafka le vit et propose quelques vues philosophiques sur la vie au-travers d'aphorismes brefs.

Pierre Kosslowski, qui traduit et présente l'ouvrage, qualifie l'œuvre de Kafka d'inachevée, mais un inachèvement subtil fait d'écrits minutieux entrecoupés de cette douloureuse insatisfaction. Je tiens ce qualificatif pour parfaitement juste dans tout ce que j'ai pu lire de Kafka.

Franz KAFKA, Journal intime, 2008.

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Christophe 02/11/2009 22:41


Et sans doute n'y a-t-il jamais de faute hormis celle qui germe dans l'imagination de celui qui expie, mais je pense qu'il s'agit bien là du propre de l'homme : chercher un sens à sa présence
ici-bas, même si il doit pour cela errer dans ses propres tourments.


domy 01/11/2009 15:03


"Kafka nous donne la sensation de passer ses jours à expier une faute dont il ne connait pas la source"... comme beaucoup d'entre nous j'imagine...


Christophe Pierre 31/12/2009 15:35


Ou pas...