Kropotkine, Bakhounine, Stirner et Cie

Publié le par Christophe Pierre

JOURDAIN - Proudhon : un socialisme libertaireProudhon… Voilà un nom qui résonne dans beaucoup de têtes et pourtant beaucoup de ces têtes ignorent de qui il s’agit exactement. Socialiste pour certains, anarchiste pour d’autres, adulé par Marx selon les uns, haï du communisme pour les autres. Proudhon est à la fois une grande figure de la philosophie française et à la fois ignoré au profit d’autres penseurs plus en vogue.

Sa pensée constitue pourtant une alternative majeure aux courants politico-philosophiques contemporains.

Pour quelles raisons ?

En tout premier lieu, le principe fondateur du raisonnement proudhonien tient dans ce qu’il nomme la dialectique sérielle. Loin de chercher à donner l’image d’un instantané de la société, Proudhon envisage une analyse fondée sur la lutte systématique des opinions. La démocratie lui apparaît comme un leurre car elle constitue l’avis de la majorité et non pas l’avis de la collectivité. La solution selon lui consiste à mettre sans cesse en conflit les idées des “individus collectifs” jusqu’à l’obtention de ce qui semble le plus vraisemblable à chacune de ces individualités collectives.

Vous l’aurez compris, Proudhon est un penseur plein de paradoxes. Au-delà des formules célèbres comme “la propriété c’est le vol”, “Dieu c’est le mal” ou encore “la liberté n’est rien sans l’autorité, l’autorité ne peut subsister sans liberté” il propose une vision dynamique de la société loin des clichés et des stéréotypes offerts par une société consumériste et figée.

En second lieu, Proudhon ne s’arrête pas à la simple politique. Il va plus loin en s’attaquant à la religion et à Dieu sans refuser à l’homme le concept d’idéal. Il ne faut pas selon lui nier l’existence de Dieu mais plutôt la combattre car nier la foi revient à supprimer le moteur de toute société humaine et migrer d’un absolutisme théologique vers un absolutisme humaniste. Ce fut le plus grand tort du communisme que de rationaliser jusqu’au matérialisme et supprimer ainsi tout ce qui transcende l’individu. L’Etat représente l’Eglise nouvelle capable de justifier son autorité par la dogmatique raison d’Etat. Pour abattre le monstre il faut croiser immanence de la Justice et transcendance de l’Eglise et annuler ainsi la résultante des forces.

Le dernier point passionnant réside de ce qu’il qualifie de Droit de la force. Selon Proudhon, le Droit existe parce que la force l’a précédé. Une fois de plus, il n’est pas question de négliger la force au risque de courir vers des réactions guerrières, mais bien de mettre en relation force et justice afin d’en sortir ce qu’elles ont de commun.

Jourdain nous propose une approche basique et enrichissante de la pensée de Proudhon. Il parle sans juger aucunement de ce personnage issu de la masse ouvrière dont la bourgeoisie parla sans avoir jamais partagé la condition laborieuse.

C’est une ouverture pleine d’engouement sur des événements historiques comme la Commune ou l’Anarchie dont nos enseignants taisent soigneusement le contenu au profit d’un système que nous aimerions voir à terre : le capitalisme ultra-libéral et sauvage.

Edouard JOURDAIN, Proudhon : un socialisme libertaire, 2009.

Publié dans Philosophie

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domy 19/05/2010 06:30



Bluffant !!



Christophe Pierre 05/06/2010 00:13



Pourtant... ;)



Véro. 18/05/2010 19:56



En revanche, celui-là me tente bien et va rejoindre ma LAL !



Christophe Pierre 05/06/2010 00:14



Excellent choix. Pour ma part, Proudhon c'est mon idole... Héla tous les Proudhon du monde sont bel et bien mort maintenant.