L'attrape-rêve

Publié le par Christophe Pierre

DAI Sijie - Le complexe de DiDans Le complexe de Di, Dai Sijie nous emmène dans la Chine des années 2000, alors que le très connu Balzac et la Petite Tailleuse chinoise nous familiarisait avec les années 1970 et les camps de rééducation. Et pourtant, lorsque notre (anti-) héros, Muo, parcourt les régions plus reculées de son pays natal, qu'il se trouve confronté à une justice arbitraire et soumise à la corruption, aux affres de la censure, à l'ignorance des populations de la campagne, aux conséquences de la Révolution culturelle, on a bien du mal à se situer au présent, fut-il chinois. Pour ne rien vous cacher, c'est cette fresque de la République populaire actuelle, dépeinte par un auteur à cheval sur nos deux cultures, qui me semble le plus digne d'intérêt et susciter les plus longues réflexions...

Mais revenons-en à la trame du Complexe de Di. Muo, après avoir longuement étudié la psychanalyse en France, est de retour en Chine où il espère faire libérer Volcan de la Vieille Lune, dont il est amoureux. Pour ce faire, il entreprend de corrompre le cruel Juge Di, devenu insensible à l'argent. La monnaye d'échange imposée par le magistrat : une jeune vierge, qui deviendra l'objet de la quête obsessionnelle de Muo. Quelle ironie : Muo, ayant étudié en long et en large une doctrine basée sur le sexe mais sans aucun travaux pratiques, part à la recherche d'une jeune fille dont il doit estimer, par l'interprétation de ses rêves, la virginité.

Le récit est moins simple qu'il y paraît car l'auteur semble affectionner, dans ce livre du moins, les longs flash-backs et autres ellipses, extraits de lettres, de journal ou de pensées, le tout mêlé à une narration plus classique. De plus, les pions mettent du temps à prendre leur place et les événements ont une certaine lenteur, ce qui fait que l'impression générale du roman manque de vivacité. Tout comme notre héros qui, bien qu'érudit, semble toujours à côté de la plaque - en toute franchise, j'ai eu bien du mal à m'attacher à lui.

Quant à l'irruption de la psychanalyse dans le récit, il faut en limiter les contours : Muo n'applique qu'une infirme partie de l'enseignement de ses maîtres Freud et Lacan, qui consiste en l'interprétation des rêves telle qu'elle a été pensée au siècle dernier - ce qui contribue à éloigner l'an 2000 de notre esprit, comme je le disais dans mon premier paragraphe. Le rêve est loin d'être anodin, car si l'auteur en rapporte quelques-uns dans la bouche de l'un ou l'autre de ses personnages, le roman entier, avec sa narration au présent, fait penser à un rêve de plus en plus cauchemardesque à mesure que l'on tourne les pages ; à certains moments on se demande même si le passage que l'on vient de lire relate un événement réel ou bien un songe - et la fin vient confirmer cette impression. En refermant le livre, on est heureux de se réveiller, et dans une démocratie d'Europe !

DAI Sijie, Le complexe de Di, 2003.

Publié dans Littérature chinoise

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luCa 17/05/2010 20:12



Ah quel dommage que nous n'ayons pas ressenti la même chose à la lecture de ce roman ... Moi je l'ai tout simplement adoré ! Enfin, de temps en temps, avoir un livre qui ne nous plaît pas, ça
permet de nous remettre en question, et de rehausser la valeur de ceux qu'on apprécie :)



Pierre 18/05/2010 11:31



J'aime beaucoup ta façon de voir les choses !
J'espère que nous aurons encore l'occasion de croiser des lectures à l'avenir.



Véro 21/03/2010 15:42


Je vais finir par croire que je fais un blocage sur les auteurs chinois que tu proposes : mais non, celui-là non plus ne me tente pas.


Christophe Pierre 22/03/2010 10:31


Et moi, plus j'y pense, plus je me dis que je n'ai pas passé un bon moment avec ce livre, même s'il n'est pas mauvais du tout (une bonne histoire même si étrange, un style plus que correct, un
certain intérêt culturel, une fin décevante d'un certain point de vue, mais finalement cohérente)...


Matilda 20/03/2010 12:19


Je le lirais bien pour voir l'état de la Chine actuel mais ce que tu dis du récit ne me semble pas des plus sensationnel. Peut-être que la bibli. ...


Christophe Pierre 22/03/2010 11:53


L'emprunt me semble un bon compromis...


domy 20/03/2010 10:21


Et bien moi j'ai toujours eu un peu peur de la Chine, ce livre là n'est pas fait pour me rassurer...


Christophe Pierre 20/03/2010 10:28


Non, vraiment vraiment pas...