L'autre oreiller

Publié le par Christophe Pierre

Natsume SÔSEKI - Le voyageurJirô est Ichirô sont frères. Ils ont en commun le sang, la famille, la maison... mais divergent radicalement par leur caractère.

Alors que Ichirô est un chercheur brillant qui ne cesse d'étudier et de raisonner, Jirô est plutôt insouciant et désire avant tout son indépendance.

Mais alors que la randonnée prévue par Jirô ne se déroule pas comme il le désire, il se retrouve coincé à débrouiller des problèmes familiaux dont il aimerait s'éloigner.

Ichirô demande à son frère de vérifier les sentiments que son épouse éprouve à l'égard de ce dernier.

Jirô accepte contre son gré de partir en excursion avec sa belle-soeur afin de rendre compte à Ichirô de la conduite de celle-ci.

Les questionnements s'enchaînent alors au point de semer le doute chez Jirô lui-même et de plonger Ichirô dans une solitude bien plus grande encore.

Le voyageur est un livre subtil, axé principalement sur  la psychologie des personnages. Il s'agit d'une réflexion sur la société nipponne du XIXème où les rapports familiaux étaient fortement hiérarchisés.

Le mariage semble être une finalité, le bonheur passe avant tout par la sécurité matérielle et l'acquisition d'un bon parti. La femme se doit d'être prévisible, aimante et serviable. Les personnages semblent pourtant vouloir se distancier de cette perception des choses. Ichirô lui-même ne veut que des certitudes et ne verrait pas dans l'affection de son épouse pour son frère une défaite personnelle, il y verrait même la victoire éternelle des amants face à l'échec temporel que l'adultère représente socialement.

Le voyageur est un roman dont il est difficile de parler. Il est basé sur une multitude de récits parallèles, de légendes, de bribes quotidiennes et d'insinuations. L'écriture est parfois farouche tant elle se débat sous les yeux du lecteur et elle nécessite beaucoup de patience pour arriver à la compréhension.

La poésie affleure à chaque page, elle est omniprésente tant dans l'imagerie employée que dans la façon dont sont traités les personnages. Beaucoup de finesse, beaucoup de délicatesse et beaucoup de subtilité servent ce livre. Le rythme s'avère lascif et inhabituel dans l'écriture occidentale, il nécessite une grande tranquillité d'esprit lors de la lecture et la volonté d'aller au-delà des apparences.

Je me suis juste posé une question quant à la traduction du titre original. Kôjin a été traduit par Le voyageur alors que le sens premier serait plutôt L'individu dans la conception qui le sépare du reste de la communauté. Alors que Le voyageur semble désigner Jirô, Kôjin semblerait désigner Ichirô. Je dois avouer que ce titre m'a quelque peu perturbé de par la direction qu'il donne de la lecture. Toutefois, c'est avec humilité que je reconnais ne pas être traducteur (loin s'en faut) et que je laisse ce travail difficile aux spécialistes.

 

 Natsumé SÔSEKI, Le voyageur, 1991.

Publié dans Littérature japonaise

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Véro. 23/09/2010 21:04



Dis donc, sacré niveau de langue pour déceler une traduction qui pourrait être différente !



Christophe Pierre 25/09/2010 21:44



Pas vraiment en fait... Je peux juste me vanter de savoir lire en hiragana maintenant (et je n'en suis pas peu fier, après tout j'ai travaillé pour...) ici j'ai juste été troublé par la tournure
que prenait le récit et ça m'a poussé à gratter un peu... Mais je le répète, je ne suis pas traducteur et je laisse le soin de traduire à ceux qui savent faire largement mieux que moi. Pour ma
part, je me contente d'être curieux, ça me suffit :D