Un souffle de génie

Publié le par Christophe Pierre

Daniel Sempere a 13 ans lorsque son père le conduit au cimetière des Livres oubliés. Cette visite doit rester un secret qu'il ne devra confier à personne, pas même à son meilleur ami Tomas Aguilera. Les lieux sont nimbés de mystère, un dédale de rayonnages où patientent des milliers de livres qui seront un jour sauvés de l'oubli.

La mission de Daniel est simple : il doit choisir un livre afin de le sauver et il le conservera jusqu'à la fin de ses jours. Daniel choisira L'Ombre du vent écrit par un certain Julian Carax. C'est une véritable gifle pour Daniel qui découvre un monde extraordinaire : l'auteur fait briller la littérature. Fasciné, il demandera à Barcelo, bouquiniste réputé de Barcelone, de lui en apprendre plus sur ce Carax.

Il apprendra qu'il est le détenteur de l'unique exemplaire en circulation. Il apprendra aussi qu'un mystérieux personnage se faisant appeler Lain Coubert cherche à acquérir l'oeuvre entière de Julian Carax afin de la détruire par le feu.

Commence alors un périple fantastique dans une Barcelone intrigante sur les traces de Carax. Un périple aventureux, dangereux, mystérieux où Daniel aborde sa vie d'adulte à pas de géants.

Que dire de L'Ombre du vent hormis qu'il s'agit d'une oeuvre magistrale ? Les mots me manquent pour qualifier l'écriture de Zafon.

Ou plutôt les mots abondent dans un  vertigineux excès : délicate, sensible, subtile, émouvante, riche, colorée.

Les personnages sont dépeints finement et avec justesse, pas de ficelles grosses comme des maisons, pas de détails inutiles qui alourdissent... Tout est fait par petites touches, comme une toile pointilliste. L'auteur nous mène exactement à l'endroit où il le désire et seul le recul que le lecteur prendra lui permettra d'avoir une vue d'ensemble.

Effort considérable pour le lecteur que de voyager de la sorte, il navigue tantôt dans l'espace, tantôt dans le temps. Et malgré tout rien de fastidieux dans l'attente, rien de lassant ni d'éreintant.

La Barcelone de Zafon est d'une merveilleuse réalité, les détails s'ajustent avec précision, exactitude et goût. Le décor n'est pas posé par le biais de simples descriptions mais d'actions quotidiennes élémentaires : prendre le tram, aller à l'école, se promener, boire un verre dans un café, apporter un réveil à réparer...

Ces actes amènent le lecteur à l'essentiel, sans le brusquer, sans dévoiler le contenu brutalement... Et du contenu il y en a.

Chaque personnage bénéficie d'une intrigue qui lui est propre, et chaque intrigue converge vers un dénominateur commun qui prend forme au fil de l'histoire pour atteindre un paroxysme inattendu et donner à la fin une arrivée logique mais surprenante. Les intrigues sont d'autant plus passionnantes que les motivations qui conduisent les héros sont énoncées à un moment ou à un autre et donnent à ceux-ci une véracité époustouflante. L'intérêt provient aussi du recoupement possible entre plusieurs personnages. Pour exemple, Daniel Sempere apparaît proche de Julian Carax dans les motifs qui les conduisent à l'action. Le fil qui conduit à l'aboutissement est loin d'être une autoroute rectiligne mais est plutôt une suite de chemins sinueux qui se croisent, se suivent et se rejoignent à un endroit où il nous semblait être déjà passé mais dont certains aspects nous avaient échappés.

 

Un livre à lire absolument, à déguster, savourer, apprécier et refermer avec sur la peau une émotion vive et fulgurante qui nous fait regretter de quitter trop vite L'ombre du vent.

 

Carlos Ruiz ZAFON, L'ombre du vent, 2001.

 

Le livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune proposée par Livraddict.

 

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Publié dans Lectures communes

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Véro. 04/07/2010 20:32



J'avais en tête des critiques beaucoup moins enthousiates que la tienne... il va peut-être falloir que je change mon fusil d'épaule.



Christophe Pierre 23/07/2010 23:26



J'ai vu ces commentaires et pour tout te dire je n'ai pas trop compris. Maintenant j'avoue que je suis passionné et peu tolérant à l'égard de mes lectures, ce qui me permet d'avoir un peu plus de
recul et comprendre ainsi qu'on ne puisse pas avoir les mêmes goûts que moi. Pour ma part, je ne change rien : L'ombre du vent rest un joyau.



evertkhorus 02/07/2010 10:17



J'ai répondu à ton commentaire sur mon blog si tu veux passer y faire un tour...



Christophe Pierre 23/07/2010 23:27



J'ai été plus rapide pour répondre sur ton blog qu'ici. Je m'en excuse. Sois la bienvenue quand tu veux. A bientôt.



evertkhorus 01/07/2010 19:20



Marrant tous ces avis qui diffèrent d'un blog à l'autre. Moi c'est un livre qui m'a vraiment laissé de marbre...



Christophe Pierre 23/07/2010 23:29



Oui, je l'avais remarqué sur ton blog. Mais bon voilà tu sais ce qu'on dit sur les goûts et les couleurs. Pour ma part j'assume, persiste et signe et je trouve qu'il faut au moins le lire quitte
à ne pas l'aimer. A plus tard et bonnes lectures.



domy 01/07/2010 09:19



Ca fait un moment que j'ai l'intention de le lire ce livre là et ton billet en dévoile juste assez pour que je me presse un peu.


Là, tout de suite, il me vient une question ouverte à tous les commentateurs :


"Quel livre sauveriez-vous ?"



Christophe Pierre 23/07/2010 23:31



Moi je sauverais un Georges Duhamel, Caro sait lequel et je lui laisserai le soin de le dire. C'est un livre plein d'optimisme et dans lequel l'auteur partage son expérience sur ce qu'est
l'humanité. Pour L'ombre du vent, je t'encourage vivement à te hâter :D