Le 4 février 2002

Publié le par Christophe Pierre

« Elle n'aime pas les couleurs vives ni les parfums forts. Elle aime la clarté, la lumière, les grands espaces. Elle dit la lumière élargit le coeur, le marron foncé assombrit l'horizon, le noir nous coupe de la vie, le bruit nous éloigne des gens, la panique invite la mort, l'insomnie met du noir dans le fond des yeux, l'argent n'est que la mauvaise poussière de la vie, que Dieu remplisse notre coeur de sa présence et que sa lumière empêche le mal, si tu m'achètes un foulard choisis celui dont les couleurs sont celles du printemps ensoleillé, je ne veux pas de noir, je n'ai jamais porté de noir. »

Sur ma mère
est un hommage tendre et respectueux que Tahar Ben Jelloun rend à sa mère, à toutes les mères. C'est parmi des souvenirs éparpillés, dérangés et mélangés, déversés dans de longs monologues matTahar Ben Jelloun - Sur ma mèreernels que l'auteur a puisé la matière première de cet émouvant récit.

Tahar Ben Jelloun, en usant du discours indirect libre, reproduit les interminables monologues de sa mère et nous plonge ainsi dans l'atmosphère oppressante et sans espoir du quotidien d'un malade d'Alzheimer et de ses proches. C'est avec beaucoup de réalisme et de sensibilité que le fils relate la lente déchéance de celle dont il réclame la bénédiction et la protection. On ne peut s'empêcher d'être touché par le lien qui unit ces deux êtres, et qui semble être le lot commun de tous les Marocains. En effet, "cet amour gratuit, simple et évident", sur lequel l'auteur insiste tant, serait le produit de la culture arabe, de l'Islam qui préconise l'amour et le respect des parents. C'est d'ailleurs dans cette optique que l'auteur stigmatise les maisons de retraite où les Occidentaux se débarrassent honteusement de leurs parents vieillissants, au contraire des familles marocaines qui accompagnent leurs malades âgés jusqu'à la mort. Même si la comparaison ou le ton peuvent paraître maladroits, la leçon d'amour et de respect est à retenir.

Ce témoignage n'est pas seulement celui de la lente déchéance d'un corps et d'un esprit, mais il est aussi celui du Maroc de la première moitié du XXème siècle, le Maroc où les filles de bonne famille sont mariées avec un homme qu'elles n'ont jamais vu, peuvent rester illettrées une vie entière, et protègent leurs enfants du mauvais oeil par des prières à Allah.

Il reste que ce roman autobiographique n'est pas à mettre entre toutes les mains : à sa lecture, les traits de notre propre maman se superposent inévitablement à ceux de Lalla Fatma, les nôtres à ceux de Tahar.

Tahar BEN JELLOUN, Sur ma mère, 2008.

Publié dans Littérature marocaine

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Véro. 29/12/2009 19:15


Il y a "La prière de l'absent" et aussi "L'auberge des pauvres" que j'ai bien aimé. Il en a écrit beaucoup d'autres que je n'ai pas encore lu ...


Christophe Pierre 31/12/2009 15:18


Merci pour ces deux titres que j'ai bien notés :)


Véro. 29/12/2009 18:43


Voilà un sujet sensible qui semble traité avec beaucoup de délicatesse. Comme j'aime la littérature arabe et que j'ai déjà lu quelques livres de Tahar Ben Jelloun, je vais rajouter celui-ci à ma
liste.


Pierre 29/12/2009 18:52


Pour moi c'était une première rencontre avec Tahar Ben Jelloun. Avec quoi pourrais-je poursuivre ?