Le chien brun aux lucioles limited

Publié le par Christophe Pierre

HARRISON - La femme aux luciolesLes trois nouvelles que Jim Harrison propose en 1990 dans son recueil intitulé La femme aux lucioles ont, à mon sens, plusieurs points communs. Tous leurs protagonistes se cherchent et se retrouvent. Dans une mesure plus ou moins importante, ils sont tous à un moment ou l'autre proches de la nature - un personnage à elle seule !, comme si c'était un passage obligé dans leur recherche intérieure - une sorte de retour aux sources incontournable : c'est flagrant dans la première et la dernière nouvelle, et plus ténu dans Sunset Limited. Autres exemples : l'auteur revient sur le système judiciaire américain, qui serait corrompu et inégalitaire, mais aussi sur la lutte des classes, le fléau de l'alcoolisme ou les Indiens. En un mot, il jette un regard critique sur la société américaine.

D'un point de vue stylistique, chaque nouvelle a ses particularités, même si la patte de Jim Harrison reste reconnaissable à chaque page. Dans Chien Brun, le héros principal est aussi le narrateur, et c'est avec ses mots maladroits, grossiers ou crus qu'il entreprend de raconter son histoire, qui tourne autour de la découverte d'un chef indien dans un lac. Chien Brun est le roi de la digression, et malgré le format de nouvelle, il nous en apprend beaucoup sur son passé. C'est un homme dans la force de l'âge qui aime les femmes, l'alcool, les marches dans les bois, et son grand-père. Malgré ses nombreux défauts et la somme des délits qu'il a commis, on ne peut que s'y attacher, parce que Jim Harrison lui donne une sensibilité inattendue.

La deuxième nouvelle, Sunset Limited, est construite sur un tout autre modèle : cette fois le narrateur n'est plus un personnage, et en outre Jim Harrison prend le parti d'aborder l'histoire du point de vue de chacun des protagonistes, tour à tour. Il s'agit d'un groupe d'amis révolutionnaires, perdus de vue depuis 20 ans, qui se retrouvent dans l'espoir de faire libérer l'un d'eux, incarcéré au Mexique à cause de ses activités "terroristes". Cette nouvelle se situe plus dans l'action que la troisième, mais l'auteur ne se prive pas de définir intelligemment les liens subtils qui existent entre les membres du groupe des révoltés. Gwen, Patty, Sam, Billy et Zip apprennent à se situer entre eux, deux par deux et dans le groupe, mais aussi par rapport à leurs combats d'antan : que sont-ils devenus ?

La nouvelle éponyme, la dernière, tourne autour de Claire, qui décide à 50 ans de quitter son mari en s'enfuyant au bord d'une autoroute. Le ton est plus intime, plus introspectif ; c'est peut-être la nouvelle la plus touchante dans le fond et dans la forme. Seule face à elle-même dans un champ de maïs, elle entame un dialogue imaginaire avec sa fille : c'est le moment des aveux...

Jim HARRISON, La femme aux lucioles, 1990.

Commenter cet article

Folfaerie 09/01/2010 10:14


Non, Dalva est un roman. Si j'avais le courage je le relirai pour écrire un billet... Lecture trop ancienne.


Folfaerie 08/01/2010 09:57


Avec Légendes d'automne, c'est mon recueil de nouvelles préféré du grand Jim. Une tendresse particulière pour la troisième, la Femme aux lucioles. Harrison a un talent particulier pour se glisser
dans la peau des femmes, il suffit de s'en convaincre en lisant Dalva...


Christophe Pierre 09/01/2010 01:23


Je ne connais pas "Dalva"... C'est une autre nouvelle de Jim Harrison ?
J'ai lu ses Légendes d'automne, mais ça fait un bout de temps, alors je n'en garde que peu de souvenirs :(
Tu as raison, il y a une sensibilité particulière dans La femme aux lucioles.


Véro. 07/01/2010 21:20


Ah eh bien pour une fois, je ne noterai pas la référence tout simplement parce que je n'aime pas trop les nouvelles : j'ai toujours le sentiment de "rester" sur ma faim.


Pierre 07/01/2010 22:09


Voila qui va faire du bien à ta PAL, et je m'en voudrais de te faire changer d'avis, mais... Ces nouvelles sont très construites, assez "finies", je n'ai pas eu une sensation d'inachevé à leur
terme, et... je les ai même trouvées un peu longuettes parfois (mais c'était peut-être parce que j'avais hâte de commencer les deux livres que j'ai reçus pour mon anniversaire !). D'ordinaire, je
ne suis pas non plus attirée par les nouvelles. A titre indicatif, elles font ~100 pages chacune.