Le Défenseur de l'Aube d'Argent est un impuissant

Publié le par Christophe Pierre

Delphine de VIGAN - Les heures souterrainesDans Les heures souterraines, Delphine de Vigan nous plonge dans l'univers cruel et sordide de l'entreprise, lorsqu'elle devient le territoire exclusif d'un supérieur hiérarchique tyrannique. En effet, depuis plusieurs mois, Mathilde subit le harcèlement moral de Jacques, auquel elle a eu le malheur de s'opposer, elle qui fut pendant 8 ans son fidèle bras droit. La voici peu à peu mais inexorablement dépossédée de toutes ses tâches, reléguée dans un cagibi à côté des toilettes, ignorée de ses collègues qui n'osent affronter l'instigateur du complot, craignant d'être les prochains sur la liste. En un mot, brisée. Et pourtant, l'entreprise l'avait sauvée, Mathilde, à la mort de son mari : elle lui avait permis de ne pas sombrer, elle lui avait donné une raison de se lever tous les matins et d'affronter le métro.

Parallèlement à l'histoire de cette mère de famille patiemment grignotée par l'oeuvre destructrice de son patron, nous suivons Thibault, un de ces médecins itinérants qui sauvent tous les enrhumés de Paris. Lui, son truc, c'est de se lamenter sur la perte de Lila, cette femme qui n'a pas su l'aimer, ou qu'il n'a pas su aimer, et qu'en conséquence il vient de quitter, enfin.

Les chapitres consacrés à Mathilde et à son calvaire sont bien sûr oppressants : à cause de ce qu'ils racontent (de façon assez redondante), mais aussi du style qui est très haché. Les phrases sont très courtes, un peu brusques, et conviennent à l'état d'esprit de la victime qui n'arrive plus à réfléchir, pour qui les gestes du quotidien demandent un effort. Si l'atmosphère, le sentiment d'impuissance sont très bien rendus, le revers de la médaille en est que la lecture est globalement peu agréable. Il aurait peut-être fallu que les chapitres de Thibault, qui s'intercalent régulièrement, soient une bulle d'oxygène dans l'histoire sans issue de Mathilde, mais il n'en est rien. Lui aussi semble en pleine dépression, fait le bilan d'une demi-vie insatisfaisante, et n'a qu'une envie : s'allonger et pleurer (à tous les chapitres, ou presque !). Ajoutez à ces deux portraits désespérés une réflexion sur la ville qui broie ses habitants, où tout le monde est si pressé - encore une atmosphère très bien rendue - et vous comprenez que Les heures souterraines est un livre gris.  A éviter si vous cherchez une lecture-détente, ou de la gaieté.

Delphine de VIGAN, Les heures souterraines, 2009.

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Véro. 23/05/2010 22:16



Vu le côté pessismiste de ce roman,  je crois que je vais rester sur les deux autres titres qui sont dans ma LAL : "No et moi" et "es jolis garçons".



Pierre 31/05/2010 21:00



Je te comprends, j'aurais moi aussi préféré lire quelque chose de plus gai...



mrs pepys 23/05/2010 16:24



Il est dans ma PAL, et en sortira vraisemblablement bientôt : je sais désormais mieux à quoi m'en tenir .



Pierre 31/05/2010 21:01



Je lirai ton avis avec le plaisir que j'y trouve à chaque fois !



L'Ogresse 19/05/2010 20:35



J'ai vraiment beaucoup aime ce livre mais il est tres gris comme tu dis et il faut le lire au bon moment.



Christophe Pierre 20/05/2010 21:35



Oui, c'est ce que je me suis dit aussi (question de moment), c'est pour ça que j'ai revu ma chronique, que j'avais pensée plus sévère au début. Je compte poursuivre avec l'auteur, car cette
lecture est loin de me suffire pour me faire un avis. Mais j'avoue qu'ayant lu des avis bien plus positifs que le mien sur la blogosphère, je m'étais attendu à autre chose...



Matilda 19/05/2010 18:43



Je l'ai lu en fin d'année dernière et ce n'est pas mon préféré de Delphine de Vigan (si vous voulez retenter l'aventure prenez plutôt No et moi ou Jours sans faim). L'écriture que j'aime beaucoup
était bien là mais pour les raisons que vous évoquez ça été une lecture en demi-teinte. J'ai largement préféré suivre Mathilde à Julien d'ailleurs ... mais bref déprimant aussi avec le patron
cinglé ... mais une réalité.



Christophe Pierre 20/05/2010 21:38



En allant à la bibliothèque, c'est No et moi que je cherchais, mais il n'était pas disponible... Je lirai autre chose de Delphine de Vigan : je m'en voudrais de rester sur cette note pas
très positive. 
Cela dit, je trouve admirable qu'elle prenne un risque (celui de ne pas être appréciée) en écrivant un roman sur un sujet difficile comme celui-là, et qu'elle s'engage, de cette manière. C'est
braquer un projecteur sur ce problème, et j'applaudis.