Le Peuple du Désastre

Publié le par Christophe Pierre

BAUCHAU - L'enfant bleuVéronique est "psychothéraprof". Au détour d'un nouvel emploi, elle rencontre Orion, un jeune psychotique de 13 ans. Au vu du transfert qui est en train de s'opérer entre les deux protagonistes, le chef de service attribue officiellement le cas de l'enfant à Véronique.

La jeune enseignante va dès cet instant aller de découvertes en découvertes : le talent d'Orion pour le dessin, la mythologie propre à la maladie, les liens qui se nouent malgré le démon qui hante son élève.

Au-delà de ces découvertes, Véronique entame une véritable plongée dans sa propre vie. La relation qu'elle entretient avec Vazco (ingénieur aussi atypique que musicien) s'en trouve illuminée sous un autre jour. Et les blessures de n'avoir pu connaître ni sa mère ni son enfant mort avant la naissance s'offrent elles aussi à un nouveau regard.

Commence alors pour les personnages un voyage intérieur en quête d'identité, de vérité et de rencontre.

Bauchau signe ici un roman intimiste où le lecteur est immergé la tête la première dans la vie des héros. L'auteur renforce l'effet en apportant à son style une teinte subjective très prononcée : le lecteur assiste aux dialogues les plus anodins, le récit est ponctué des dessins et des dictées d'Orion et de monologues intérieurs...

Le revers de la médaille réside dans la relative froideur du phrasé. Le livre ressemble à une mer sans remous où l'action n'évite pas un certain platonisme. L'enfant bleu est avant tout une réflexion que livre l'auteur sur la personne humaine, la maladie et la conscience de soi.

De nouveau, Bauchau approfondit sa vision de l'art. Il parle ici de l'art capable de soigner, d'accompagner un être, depuis le sujet impersonnel à l'individu accompli. Chacun exprime son désir, son mal-être et ses déchirures à travers une création : Véronique et l'écriture, Orion et le dessin ou la sculpture, Vazco et la musique. Ainsi Bauchau fait-il savoir qu'à faire naître l'art, l'homme se perd dans ce qu'il a de plus superficiel et s'enfonce en lui-même jusqu'à l'effacement le plus complet du visible.

Une oeuvre difficle à aborder tant elle est symbolique. Je n'ai pas réussi à pénétrer totalement dans le sens que voulait Bauchau, peut-être à cause d'une sensibilité insuffisante ou une expérience inaboutie.

Malgré les obstacles, il s'agit d'un livre intéressant où la poésie des mots ensemence un récit aux frontières du quotidien. Loin de se décourager, il faut l'envisager sans a priori et probablement se mettre à l'ouvrage en attaquant la lecture par toutes ses faces.

Henry BAUCHAU, L'enfant bleu, 2004.


Du même auteur, nous avons lu et chroniqué Oedipe sur la route !

Publié dans Littérature belge

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djak 27/05/2010 11:53



Le rapport à la création a l'air d'être traité de manière intéressante. J'aime cette question et je prends donc note de ce titre!



Christophe Pierre 05/06/2010 00:10



Question parmi les questions... je comprends l'intérêt porté. De plus en plus d'auteurs s'y intéressent à l'art pour ce qu'il est.



Véro. 26/05/2010 20:00



Celui-ci ne me séduit pas, ce qui est plus que bénéfique pour ma LAL. 



Christophe Pierre 05/06/2010 00:11



Oui, c'est un billet Ligh :D



GRAINEDANANAR 24/05/2010 21:14



J'ai lu ce livre il y a à peine un mois, j'ai particulièrement adhéré à sa poésie. Je suis une fan de Bauchau, j'aime sa réappropriation de la mythologie en général... j'avais adoré son
Antigone. Dans l'Enfant bleu, on retrouve ses thèmes de prédilection, l'art, la maladie (la folie ?), le sublime, l'inconscient etc... En ce qui concerne son style, je dois
avouer que le début est toujours un peu difficile, et puis très vite, je me laisse complètement embringuée ! J'ai donc envie de dire à ceux qui ne connaissent pas, que les difficultés du début
cachent en réalité une grande lecture.



Christophe Pierre 05/06/2010 00:13



Nous retrouvons effectivement BAUCHAU dans ce qu'il semble aborder avec le plus de plaisir. Je suis en train de lire Antigone et dés les premières, l'univers de Bauchau est très présent.


Pour la persévérance quant à l'apparente difficulté, je suis de ton avis. Ce qui se trouve au bout du chemin vaut la peine.



L'Ogresse 24/05/2010 14:21



Je passe !



Christophe Pierre 05/06/2010 00:13



Chacun son tour...