Le singe qui se racontait des histoires

Publié le par Christophe Pierre

Nancy HUSTON - L'espèce fabulatrice"A quoi ça sert d'inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable ?"

Cette question posée à Nancy Huston par une détenue de Fleury-Mérogis sert de base à la réflexion contenue dans L'espèce fabulatrice.

En effet, l'auteur n'a pu répondre spontanément à cette interrogation. Elle qui écrit des romans estime ne pas avoir une réponse simple et brève dans ce cas de figure.

C'est pour cette raison qu'elle a réfléchi longuement et a rédigé cet essai autour des fictions tissées par l'humanité.

Et quel bonheur pour nous !

Même si je ne la rejoins pas sur l'ensemble de ses conclusions, les questions suscitées dans ce livre sont passionnantes.

Nancy Huston investigue avec une certaine légèreté sur la nécessité de donner un Sens à l'existence humaine.

 

Car l'homme n'a par le biais de son système nerveux qu'un regard illusoire sur la réalité. Il ne peut l'appréhender directement et doit au préalable la soumettre à toute une série d'interprétations.

Ces interprétations sont elles-mêmes soumises à des règles, des impérieux culturels, sociologiques, biologiques ou éducatifs.

Car l'homme au cours de l'évolution s'est montré un piètre animal, faible, mal armé face à un environnement hostile et surtout conscient de ces limites.

Combien de fois affirmons-nous en soufflant : "Quelle chienne de vie !", "J'ai vraiment pas de chance", "Tout est contre moi" ou encore "Qu'est-ce que je fais ici ?"

Créer une fiction nous permet de domestiquer cette apparente inutilité, de percevoir autre chose qu'une naissance et une mort dans nos existences, de fournir un moteur à nos actes à venir.

La religion, la science, l'armée, la guerre, le groupe, la famille, le sexe sont autant d'histoires que l'homme se raconte. Des histoires qui lui donnent une importance, un rôle à jouer à la surface de cette planète. Un rôle que l'animal autre qu'humain n'a pas besoin d'endosser car il ignore tout de ses limites.

Ainsi l'homme n'a de cesse de se réinventer dans le mythe, de se créer un milieu dans lequel il puisse trouver une place qui lui paraisse vivable.

La littérature a ce rôle fondamental, les relations entre dictature et absence de lecture semblent le démontrer, d'observer comment la réalité est perçue par l'autre et de mettre en rapport ses constatations avec les nôtres.

 

Et de conclure sur l'art du roman à proprement parler :

 

L'empathie narrative : voilà, entre moi et la détenue, le territoire d'égalité et de pensée réciproque. Seule de tous les arts, la littérature nous permet d'explorer l'intériorité d'autrui. (Souligné dans le texte)

 

Nancy HUSTON, L'espèce fabulatrice, 2010.

Publié dans Essais

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sebastien L 12/07/2010 13:20



Nancy Huston est décidément une auteur surprenante ! Je viens de terminer INFRAROUGE (voir ma chronique), qui est lui aussi une oeuvre très riche. Le titre 'l'espèce fabulatrice' est vraiment
bon.


Belles lectures !



Christophe Pierre 15/07/2010 15:29



Je dois avouer que c'est le seul livre que j'ai lu de Nancy Huston, je la connais donc trés peu. Au vu du plaisir que j'ai pris à lire ce livre, je pense m'attaquer à d'autres choses de Nancy
Huston... Je vous tiendrai donc au courant de mes autres découvertes.



domy 10/07/2010 08:39



@ la jolie boîte de graphites : dessine-moi une vie...



Christophe Pierre 11/07/2010 01:27



N'est-ce pas... le probléme quand on dessine une vie c'est qu'on peut pas gommer quand ça déborde... Bref pas le choix, faut être tolérant avec nos talents..



L'Ogresse 07/07/2010 14:07



Je ne connaissais pas ce titre mais je ne sais pas, les essais, c'est pas mon truc, pourtant le sujet m'interesse et j'aime beaucoip Nanyc Huston (oh que la vie est difficile  )



Christophe Pierre 11/07/2010 01:25



Bah la vie est difficile... c'est vrai mais bon faut se la simplifier dans les domaines qui nous intéressent. Si ça peut te rassurer, j'ai classé ce livre dans essais parce qu'il fallait le
mettre quelque part et que c'est la catégorie qui s'en rapprochait le plus mais il ne s'agit pas du genre de livre hermétique dont nous ne comprenons rien. C'est vraiment un moment instructif et
divertissant en même temps. Fais ce que tu veux mais si le sujet te fait envie ne boude pas ton plaisir.



La librivore 06/07/2010 21:43



J'ai trouvé ton billet passionnant. D'autant plus que ce livre est dans ma pile et attend d'être lu, cet été j'espère. Je trouve que tu en souligne bien les idées maîtresses. je ne sais pas
pourquoi, mais cela m'a mis de bonne humeur. le plaisir des livrs, de l'écriture...



Christophe Pierre 11/07/2010 01:23



Librivore, je suis vraiment content si j'ai pu te mettre de bonne humeur. Après tout, la lecture doit aussi servir à ça. Je découvre seulement Nancy Huston et je dois dire que ce fut une
découverte très agréable...