Neftalí Ricardo Reyes Basoalto

Publié le par Christophe Pierre

De l'aveu même de l'auteur, il lui aura fallu quatorze années pour écrire ce court roman qu'il présente dans un prologue plein d'une naturelle autodérision. Et à la lecture de ce petit bijou, on se dit inévitablement qu'Antonio Skármeta a bien fait de prendre son temps. Chaque phrase est, sous les dehors d'un humour ironique, finement ciselée et laisse transparaître sous chaque mot un lyrisme subtil en accord avec la thématique du livre.

Je dis "en accord" car l'auteur traite bel et bien de la poésie. Il parle du mot comme d'un objet précieux qui sert l'amour comme l'amitié et l'art poétique se retrouve dans chacune des pages. Dialogues, descriptions, portraits sont autant d'excuses pour manier l'image et donner au récit cette subtile dimension que l'on retrouve dans les textes classiques.

Mais ne nous y trompons pas, Skármeta ne cherche pas à en imposer au lecteur. Il allège son texte à la fois par le contenu en faisant de Neruda un personnage de fiction vivant son quotidien comme tout un chacun et dans le contenant en n'hésitant pas à se moquer gentiment de lui-même par l'exagération de son style.

Les personnages d'Une ardente patience ne sont pas offerts tout de go au lecteur, ils Antonio SKARMETA - Une ardente patiencesont découverts au fil du récit par le biais de détails à la manière dont on fait connaissance avec les gens dans la réalité. D'ailleurs cette réalité pourrait être celle du Chili des années 1970, alors que le communisme bat son plein, qu'Allende est sur le point d'être élu et que Pablo Neruda attend fébrilement son prix Nobel...

Enfin, c'est une fort belle histoire d'amitié que l'auteur nous conte, celle de deux hommes que tout oppose : l'un est riche et l'autre pauvre, l'un célèbre l'autre anonyme, l'un vieux l'autre jeune, l'un cultivé et l'autre à peine lettré. Et pourtant ils se rencontrent et s'apprécient au point que cet écrivain reconnu deviendra le mentor de ce petit facteur dans cette initiation à la poésie.

Mais le trait de génie reste pour moi ce Pablo Neruda captif d'un livre, prisonnier de ces phrases qu'il aimait tant... J'ai envie de dire : "Vous vous rendez compte ! Pablo Neruda... Un personnage de livre et ce livre je le lis !".
Skármeta installe le barde dans une postérité loin des clichés et de l'académisme mais proche de ce que tout poète est susceptible d'aimer : la poésie, l'amitié et l'amour.

Antonio SKÁRMETA, Une ardente patience, 2005.

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Matilda 16/12/2009 22:41


C'est peu de dire que votre article est enthousiaste, et donne envie de découvrir le livre dont il est question (se concentre pour être gentille et écrire en français correct). Je note donc le
titre ainsi que l'auteur, car je connais très peu cette littérature sud-américaine. A par Chronique d'une mort annoncée (que j'ai découvert cette année en plus) tout est à faire ^^


Christophe Pierre 17/12/2009 00:49


Ravi que ce billet t'ait transmis notre plaisir concernant Une ardente patience. Je sais qu'un film en avait été tiré, le Facteur si je ne m'abuse en était le titre, et même si il ne
valait pas la lecture il rendait assez bien l'atmosphère assez douce du livre. Pour le reste, je ne suis pas très familier non plus de la littérature d'Amérique du Sud. Hormis Vargas Llosa et Paulo
Coehlo et deux ou trois textes de Neruda, je ne suis pas très au fait des auteurs de là-bas. Tout comme toi donc, beaucoup reste à faire.