Obasuté

Publié le par Christophe Pierre

Yasushi INOUE - Le Faussaire« Depuis que notre mère avait proclamé qu'elle voulait être abandonnée, le mot d'Obasuté était devenu un qualificatif que nous trouvions commode d'employer entre nous. En effet, elle était tout entière dans cette déclaration, aussi bien ses bons côtés que ses mauvais. Dire qu'elle était obasuté permettait d'exprimer une légère critique envers ce caractère capricieux et cet orgueil trop grand, mais aussi une sorte d'approbation pour ces défauts, une tendresse que seuls ses enfants pouvaient éprouver. »

Si vous éprouvez une impression de déjà-vu, c'est que vous êtes plutôt attentif à la vie de ce blog : nous avons évoqué ce recueil de nouvelles il y a à peine une semaine ! Cependant, je ne voulais pas me priver du double plaisir de découvrir cet auteur et de vous faire partager mes impressions, bien que mon coblogueur se soit prêté à l'exercice avant moi, avec beaucoup de sensibilité.

L'impression générale que je retire de cette centaine de pages ressemble à de la mélancolie. A l'issue de chacune des nouvelles, j'ai eu envie de me demander quelle pouvait être la morale de l'histoire - je ne dis pas qu'il doit forcément y en avoir une, mais il n'est pas impossible d'en extraire une ou plusieurs de ces différents récits.

Le premier attire notre attention sur le fait qu'un homme qui a vécu dans l'ombre d'un génie a bien du mal à s'épanouir, et semble même perpétuellement jouer de malchance, mais que c'est aussi de lui que l'on se souvient.  Le Faussaire est la nouvelle la plus longue mais aussi la plus "construite" des trois : les deux autres ont une fin abrupte, qui prend au dépourvu, et qui fait se demander où l'auteur voulait nous emmener, si ce n'est dans le quotidien d'un Japon que l'on méconnaît sans doute. C'est là tout leur intérêt, à vrai dire : Yasushi Inoué crée des atmosphères, des ambiances, nous plonge dans un Japon de traditions (nous sommes dans la première moitié du XXème siècle). Pour dire encore un mot de la nouvelle éponyme, j'avouerai que je n'ai pas partagé l'émotion que le narrateur semblait ressentir à l'évocation du destin malheureux du faussaire...

Ma préférence va à la nouvelle intitulée Obasuté, dont est tiré l'extrait que je vous propose. Le thème qu'Inoué y aborde est la fuite, quand elle est transformée en abandon parce qu'elle n'est pas osée. L'auteur y mêle poésie et toujours cette mélancolie qui semble étrangement indissociable de son oeuvre. C'est la réflexion associée au récit, ainsi que la tradition dans laquelle le récit trouve sa source qui font la valeur de ces lignes.

La dernière nouvelle, Pleine lune, a suscité moins d'enthousiasme car elle se déroule dans un contexte - celui de l'entreprise - qui me parle beaucoup moins. 

Yasushi INOUE, Le Faussaire, 1951, 1955, 1958.

Publié dans Littérature japonaise

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Véro. 29/08/2010 16:55



Bonne idée cette double critique !



Christophe Pierre 02/09/2010 21:12



Merci, l'idée est venue de la longueur du texte. Nous en avons profité pour commenter à deux...