Pour la Cause

Publié le par Christophe Pierre

  « Toutes les guerres sont sacrées [...]. Elles sont toutes sacrées pour ceux qui doivent se battre. Si les gens qui les ont déclenchées ne leur donnaient pas ce caractère, qui serait assez fou pour combattre ? Mais peu importent les cris de ralliement que lancent les orateurs aux idiots qui prennent les armes, peu importent les nobles fins qu'ils assignent aux guerres, les guerres n'obéissent jamais qu'à une seule cause, à l'argent. »

A la fin de ce premier tome du mythique Autant en emporte le vent, je reprends mon souffle pour vous partager mes impressions. Je suis époustouflée par l'impressionnante fresque historique que Margaret Mitchell dresse pour nous. Elle rend si vivante cette terrible Guerre de Sécession, qu'elle nous montre à travers les yeux de toutes ces mères, épouses et soeurs qui ont attendu patiemment et souvent vainement le retour des hommes en gris, ces "héros" qui protégeaient les valeurs du Sud. Elle nous fait vivre avec ses personnages, tous décrits avec tant de réalité, et autant que le pouvoir des mots le permet, l'angoisse de l'incertitude, la peur que la ville soit assiégée, le désespoir quand la famine perdure, l'horreur des hôpitaux  et des membres amputés. Autant vous mettre en garde : aucune épreuve n'est épargnée à Scarlett.

MITCHELL - Autant en emporte le vent, IMais commençons par le début, car la guerre se fait attendre - pas loin de 200 pages. C'est donc le temps que prend Margaret Mitchell pour planter le décor de la société complexe du Sud, au coeur de laquelle vit la famille O'Hara. Dans un petit comté de Georgie, les barbecues succèdent aux bals, et la vie à Tara se déroule dans l'opulence propre aux plantations dont les propriétaires ont fait fortune grâce au coton, à l'image de Gérald O'Hara. Sa fille Scarlett apparaît comme l'être le plus frivole qui soit, monstre d'égoïsme, obsédée par les hommes, rebelle et courageuse, farouche, guère instruite. Un personnage pour lequel on ne se prend pas d'emblée d'affection... mais dont les traits de caractère vont se modifier avec le temps et les épreuves, tout comme les sentiments suscités chez le lecteur ! Margaret Mitchell nous plonge donc dans un Etat confédéré des années 1860 où les classes sociales et les convenances sont plus importantes que tout, où les esclaves noirs font partie du paysage, et où personne ne semble prêt à se passer de leurs services... Eux-mêmes ne songent pas à quitter leurs maîtres ! Le rôle de la femme est clair : sembler aussi stupide qu'une oie, se trouver un bon mari, gérer la plantation de celui-ci sans en avoir l'air. Pourtant, la rebelle Scarlett, qui ne compte plus ses soupirants, est loin de se satisfaire de cette perspective : elle est amoureuse d'Ashley Wilkes, promis à cette insignifiante Mélanie Hamilton. La Guerre vient bien sûr tout bouleverser, tout remettre en question, tout détruire.

Selon moi, le génie de Margaret Mitchell réside ici : en 700 pages, elle réussit le triple pari de dépeindre la Guerre de Sécession - avec ses batailles historiques (Gettysburg...), ses généraux (Lee, "Stonewall" Jackson, Joe Johnston, Sherman,...), de conter l'agonie des traditions d'un Sud esclavagiste et rétrograde (la fin des classes sociales avec le mariage d'une fille de propriétaire avec un Yankee, l'affranchissement des esclaves, une dame à la tête de sa plantation et travaillant sa terre,...), et enfin elle romance les histoires de coeur de son héroïne (qu'éprouve-t-elle pour cette fripouille de Rhett Butler ? Ashley Wilkes cèdera-t-il à son amour pour elle ?...). Le personnage de Scarlett O'Hara est à lui seul une superbe réussite puisqu'il parvient à inspirer des sentiments contradictoires tout au long de ce premier tome, et qu'on a qu'une hâte : savoir ce qu'il va lui arriver.

Margaret MITCHELL, Autant en emporte le vent, tome 1, 1938.

Publié dans Classiques américains

Commenter cet article

silvi 09/05/2010 13:21



biensur je connais autant en emporte le vent, à travers le film mythique, mais je n'ai jamais lu le roman et je dois dire que ta présentation ne donne envie de me lancer dans la lecture de cette
épopée


 



Pierre 09/05/2010 21:28



Je pense que tu passeras un bon moment avec le roman ! C'est une belle brique, mais elle se dévore !
Quant à moi, je n'ai pas encore vu le film...



Liyah 15/04/2010 09:33



Ah et j'ai oublie de dire que j'adore la mise en scene du bouquin !



Christophe Pierre 16/04/2010 10:19



Merci



Véro. 14/04/2010 17:56



Je n'ai jamais pu voir le film en entier tellement cette Scarlett m'exaspérait et du coup, j'ai un à-priori sur le livre.



Pierre 16/04/2010 10:21



Scarlett est exaspérante, mais elle s'améliore au fur et à mesure des épreuves qu'elle a à traverser... Alors on la découvre aussi très courageuse, et soucieuse de ses proches, même si elle reste
dure. Si c'est son côté frivole et superficiel qui t'a agacée, il n'en reste plus grand chose à la fin du tome 1.



Matilda 13/04/2010 17:21



Oula, je n'ai jamais osé me lancer dans Autant en emporte le vent. J'ai dû voir un bout du film quand j'étais plus petite, mais ça ne m'a pas plus passionné que cela. En tout cas vous en parlez
de très belle manière et ça donne envie de s'y mettre.



Pierre 16/04/2010 10:23



Je n'ai pas encore vu le film - je compte le visionner après lecture ! Christophe non plus n'avait pas aimé le film et si je l'avais écouté je n'aurais pas entrepris la lecture du livre. Mais ça
aurait été une erreur ! C'est vraiment à lire, pour l'histoire, pour l'Histoire aussi. Saute le pas ! :D



myrddin 13/04/2010 10:29



*Soupir*


On ne peut qu'aimer cette histoire. J'ai découvert cette histoire via le film lorsque j'avais 7-8ans. (je l'ai bien vu au moins 30x depuis...) Il faudra que je lise à nouveau ce roman. C'est un
de mes livres préférés :o)



Pierre 16/04/2010 10:24



Je comprends ça ! J'ai hâte de voir ce que donne le film, mais j'ai peur de moins accrocher qu'au livre...