« Pour vous, mille fois »

Publié le par Christophe Pierre

Khaled HOSSEINI - Les cerfs-volants de Kaboul

« Tel est à mon avis le signe d'une vraie rédemption [...]. Quand un sentiment de culpabilité conduit à faire le bien autour de soi. »
« Il n'existe qu'un seul et unique péché : le vol. [...] Lorsqu'on raconte un mensonge, on dépossède quelqu'un de son droit à la vérité. »


Années 1970. Amir vit dans l'opulence, il est le fils d'un riche Pachtoun. Hassan est un Hazara, ne va pas à l'école et vit dans une cabane dans le jardin d'Amir, il est d'une indéfectible loyauté. Amir lit des histoires à Hassan, son jeune serviteur, son ami aussi, et il se joue de lui en modifiant à son insu le cours du récit. Hassan s'interpose entre Amir et une bande de voyous, il prend toujours sa défense. Baba, le père d'Amir, gâte beaucoup Hassan à l'occasion de son anniversaire, et Amir est un peu jaloux. Amir cherche à capter l'attention de son père, qui déplore sa couardise et ne s'intéresse pas à ses jeunes écrits. Jusqu'où est-il prêt à aller pour gagner l'amour de Baba ?
Années 1980, 1990. Amir vit dans une culpabilité permanente, qu'il tente de fuir aux Etats-Unis, puis dans le mariage. La santé de Baba décline : il n'est plus l'homme puissant qui régnait sur Kaboul. Le destin refuse à Amir le bonheur de devenir père à son tour. Est-ce une punition divine ? Aura-t-il l'occasion de se racheter ?
2001. Retour en Afghanistan pour Amir. Les Russes ont quitté le pays depuis longtemps, mais que reste-t-il de la ville de son enfance ? Les Talibans sont au pouvoir et la violence et la cruauté font la loi. Les pires épreuves attendent Amir. Peut-être lui permettront-elles d'enfin retrouver le sommeil.

Je vous livre des fragments de ce qui fait Les cerfs-volants de Kaboul, loin de rendre hommage à la gravité des thèmes qui y sont abordés avec une simplicité qui contribue à l'émotion que dégage le récit. Dans la première partie du livre, Khaled Hosseini tisse avec beaucoup d'adresse les relations qui existent entre Amir et Hassan, mais aussi entre Amir et son père. Si Hosseini choisit de prendre tout son temps pour planter le décor - celui du Kaboul d'avant-guerre -, c'est bien que le destin de chaque protagoniste se joue tout entier durant l'enfance, déterminé par leurs actes et par leur condition, mais aussi que la compréhension de l'âme afghane est essentielle à celle de l'histoire entière.

Le deuxième volet du récit - la vie en Amérique - rend bien ce que peut être de se construire avec le sentiment légitime d'une culpabilité étouffante. L'évolution de la relation difficile du fils avec ce père autoritaire - loin de son pays, mais aussi loin d'Hassan - est édifiante, mais aussi bouleversante. Ce passage est aussi un témoignage des immigrés afghans qui ont fui leur pays suite à l'invasion russe, et qui tentent de se recréer une communauté dans leur pays d'adoption : coutumes et traditions gardent une importance capitale dans la vie d'Amir et ses proches. Seul le rapport à la religion de celui-ci sera fluctuant au cours de sa vie, en fonction des épreuves - nombreuses - qu'il aura à affronter.

La dernière partie du roman est la plus poignante, en ce qu'elle est l'aboutissement du cheminement d'un homme qui a passé 25 ans dans la culpabilité mais qui a passé le point de non-retour. Sans dévoiler les moments clés de l'intrigue, je vous dirai que le dernier tiers du récit est d'une violence nécessaire et due au contexte - l'emprise des Talibans - et que la fin du roman échappe aux écueils de la facilité et du cliché, même si elle forme une boucle parfaite dans la vie en éclats d'Amir.

Les cerfs-volants de Kaboul est sans doute une lecture à laisser décanter, parce que derrière une simplicité apparente, elle plonge profondément dans les méandres de la nature humaine et dans les dédales de la conscience. Et peut-être qu'à l'issue du récit, il est permis de conclure que, contrairement à ce que les fils emmêlés de l'intrigue laissaient supposer, il n'est jamais trop tard pour racheter ses fautes.

Khaled HOSSEINI, Les cerfs-volants de Kaboul, 2003. 

Publié dans Littérature afghane

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Frankie 05/04/2011 10:56



J'ai adoré ce livre et son histoire magnifique. Et la dernière partie est effectivement poignante ainsi que la toute fin.



Véro. 29/08/2010 17:11



Nos lectures s'entrecroisent ces temps-ci ... je l'ai réservé àla bibliothèque hier !



Pierre 02/09/2010 21:23



Héhé, je ne manquerai pas de lire ton billet là-dessus !



Cath 23/08/2010 16:32



C'est définitvement un livre qui marque !



Pierre 02/09/2010 21:11



Oui, beaucoup. Pour te dire, un de mes petits voisins me fait immanquablement penser à Hassan, désormais. Mais en vrai, il ne doit pas avoir ses qualités. Qui les aurait, d'ailleurs ?



Stephie 23/08/2010 09:17



J'avais adoré ce roman ! Très dur mais très beau !



Pierre 02/09/2010 21:15



Oui, très dur ! Je ne m'y attendais pas, ou alors pas à ce point. Mais je ne l'ai pas moins apprécié pour autant, au contraire !



djak 22/08/2010 19:21



oh la la... il fait partie de ma LAL et ton billet en rend la lecture urgente!



Pierre 22/08/2010 23:45



Je sais bien qu'on en a beaucoup parlé un peu partout, mais ce livre est à la hauteur de sa réputation (même si je ne m'attendais pas à ce qu'il soit si dur) ! J'espère que tu seras de cet avis,
en tout cas :)