Prise de conscience

Publié le par Christophe Pierre

Haruki MURAKAMI - La fin des tempsDans le Japon moderne, une guerre sans merci s'est engagée entre deux sociétés colossales. D'un côté, System emploie des programmeurs chargés de sécuriser et conserver les informations. De l'autre, Factory utilise des pirateurs chargés de voler ces informations.

Le héros est programmeur et se voit confier une mission visant à sécuriser les données d'un vieux savant. C'est un personnage étrange qui mène ses recherches isolé du reste du monde et vit avec sa petite-fille malicieusement nommée par le narrateur « la rondelette ».

Notre héros se rend donc chez le savant et constate un système de sécurité extrêmement développé : un ascenseur tellement lent qu'il est impossible de savoir si il monte ou descend, un enchevêtrement de couloirs où il est simple de se perdre et pour couronner le tout un casier ouvrant sur une descente vertigineuse conduisant dans les entrailles de la terre. La cerise sur le gâteau est ce peuple de ténébrides qui vit dans les sous-sols de la ville et se nourrit accessoirement d'êtres humains.

Ce fameux informaticien n'est pas le seul personnage principal du livre. Murakami nous parle aussi de cette autre personne partie s'installer dans une ville étrange : un jeune homme qui doit se séparer de son ombre et ne pourra plus jamais quitter cette ville. Il y occupe le poste de liseur de rêves et, aidé d'une bibliothécaire, doit extraire les souvenirs des crânes des licornes mortes.

Au fil de l'histoire, les cartes se brouillent et le lecteur doit bien reconnaître l'existence de passerelles de plus en plus nombreuses jetées en travers des deux récits.

Inutile de préciser qu'il est fort difficile de résumer La fin des Temps. Habituellement Haruki Murakami conçoit des histoires complexes, et cet ouvrage n'échappe pas à la règle.

Je dois dire avoir retrouvé l'ambiance du Murakami de mes débuts. Beaucoup de similitudes sont à relever entre La fin des temps et Kafka sur le rivage : le colonel, la forêt, la bibliothécaire, la ville perdue, le rêve et bien d'autres encore.

Je considère La fin des temps comme un chef-d'oeuvre du genre. Des thèmes à foison qui expriment les questions de l'auteur dans des domaines aussi variés que le quotidien, la solitude, l'amour, la sexualité, la compétitivité ou la mort. Au delà d'une riche thématique nous sentons la fascination de l'auteur pour tout ce qui touche à la conscience. Quels sont les rapports entretenus par l'homme avec soi-même et son milieu ? Dans quelle mesure l'homme est-il tributaire de sa conscience ? Des interrogations d'une grande importance et traitées avec beaucoup de subtilité.

Le style est d'emblée perturbant de par la division du livre en deux grandes parties : Pays des merveilles sans merci et Fin du monde. Je dis perturbant car ces deux parties ne sont pas traditionnellement réparties mais se fondent l'une dans l'autre, s'expriment simultanément et se recoupent par moments. Le lecteur se trouve plongé dans deux mondes fondamentalement différents et finit par perdre le sens des réalités sans nullement exagérer mes propos.

Un livre qui revêt une grande qualité, une perspicacité étonnante sur la nature du réel et un intérêt non négligeable sur ce qu'est le plus grand handicap de l'humanité : son cerveau et l'intelligence qu'il sécrète.

Le résumé que je viens de donner ne reflète en rien les qualités d’écriture et de narration d’Haruki Murakami. Ce livre ne peut souffrir d’être réduit en quelques lignes et je crains d’en dire trop en en disant davantage.

C’est un livre qui doit être découvert du début jusqu’à la fin, dans lequel chaque passage s’assimile et se mélange aux autres fragments en recréant littéralement, véritablement une nouvelle conscience de notre réalité.

Haruki MURAKAMI, La fin des temps, 2001.

Publié dans Littérature japonaise

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Véro 02/03/2010 19:05


Je ne me vois même pas hésiter à inscrire sur livre sur ma LAL alors que tu dis le considérer comme un chef-d'oeuvre !


Christophe Pierre 08/03/2010 11:39


Pour moi pas d'hésitation possible : richesse du vocabulaire, complexité scénaristique sans préciosité ni redondance, personnages touffus et pris en charge avec énormément d'à-propos...
Pour faire court, oui... un chef-d'oeuvre qui ne pourra, selon moi, que te plaire.


Miss Spooky 15/02/2010 09:08


J'étais impatiente de lire ton avis et je suis heureuse de voir que tu n'as pas été déçue ! Comme tu le dis, impossible de résumer un Murakami en quelque lignes sans en dire trop ou pas assez. Je
pense tout de même que ca sera suffisant pour faire envie aux curieux ;) Alors, une envie pour le prochain ? Je crois que ce sera La course au mouton sauvage pour moi !


Christophe Pierre 15/02/2010 10:27


J'ai du mal à imaginer être déçu par Murakami un jour... Comme il ne faut jamais dire "fontaine" je vais m'abstenir. Malgré tout la lecture d'un bouquin du fameux auteur japonais m'a toujours
laissé un arrière-goût de magie subtile et de sensualité exacerbée.
Pour La course au mouton sauvage, il est vrai que nous n'en avons pas fait un billet mais je ne peux que le conseiller au même titre que les autres. Je ne t'en dirai pas plus, je te laisse le soin
de découvrir mais je suis persuadé qu'il te plaira.
Pour être franc, le seul livre de Murakami qui m'ait un peu laissé sur ma faim (et encore c'est tout relatif) fut Les amants du Spoutnik où je trouvais le style un peu "terre à terre".
En tout cas bonne lecture et à bientôt.


Stephie 15/02/2010 08:06


Un auteur noté sur mon carnet depuis un moment déjà. Je ne sais quand j'aurai du temps pour le découvrir.


Christophe Pierre 15/02/2010 10:28


Je sais que je suis d'un certain parti pris avec cet auteur, mais je me sens culturellement obligé de te répondre : "Le plus rapidement possible..."


Lelf 14/02/2010 22:46


J'avais peiné à le lire, contrairement à Chroniques de l'oiseau à ressort, mais Murakami a vraiment un univers incroyable, je ne m'en lasse pas.
Il faudra que j'en relise un jour. Kafka sur le rivage sera surement le prochain :) 


Christophe Pierre 15/02/2010 10:30


Kafka est celui que j'ai le plus aimé de l'auteur. Sans doute parce qu'il a été le premier que j'ai lu et qu'il reste une certaine nostalgie lié à la surprise que fut la découverte d'un univers
aussi propice à la fuite dans l'imaginaire.