Qui est Machiavel ?

Publié le par Christophe Pierre

PROLONGEAU - MachiavelMachiavélique : « rusé et perfide », dit le Petit Robert. C'est une bien grande injustice que d'avoir associé le nom de cet humaniste, qui s'avérait en fait être un ami fidèle, un collègue amusant et volontiers trivial, et bien sûr un penseur exceptionnel, à d'aussi viles qualités.

Hubert Prolongeau s'efforce, en 200 petites pages, de dresser un portrait complet du grand homme. La tâche se révèle ardue car de Machiavel, on ne sait presque rien : jusqu'à ses 30 ans, on ne peut qu'accumuler suppositions et déductions ; pour la suite il faut se fier à la correspondance qui nous est parvenue, et analyse les oeuvres qu'il nous a laissées. Pour mieux comprendre le Florentin, c'est la géopolitique européenne des XVème et XVIème siècles que Prolongeau nous fait visiter - dans les grandes lignes, vu la brièveté de l'ouvrage par rapport à la richesse de l'époque ! L'auteur prend également le parti de dresser (en quelques pages à chaque fois) le portrait des hommes qui ont fortement influencé la pensée de Machiavel : Savonarole, César Borgia, les Médicis, le pape Jules II, etc.

Une grosse moitié de la biographe est consacrée à Machiavel-le-fonctionnaire de l'Etat de Florence (à l'époque, l'Italie est loin d'être unifiée), parcourant pas moins de 50 000 kilomètres en 14 ans de diplomatie. C'est ainsi que l'on découvre l'homme d'action derrière l'image de l'intellectuel, et l'épistolier acharné (on retrouve quelques extraits de lettres), mais aussi  l'homme de guerre, à l'origine de la milice de Florence (qui remplacera le mercenariat traditionnel).

La deuxième partie de l'ouvrage concerne l'après-De principatibus, dont Machiavel ne se douta jamais de la qualité. En effet, à l'époque de sa rédaction, le Florentin est tombé en disgrâce (il connaît la prison, la torture puis l'amnistie) à la suite du retour des Médicis au pouvoir, et son seul objectif demeure de retrouver un poste au sein de l'administration !

Hubert Prolongeau livre en quelques pages une analyse académique du Prince (incontournable), qui aide à comprendre l'origine du mot machiavélique - apparu en 1578 sous la plume de Innocent Gentillet. Notre biographe fait un point très intéressant sur la vision qu'ont eue de Machiavel Voltaire, Rousseau, Montaigne, ou encore Marx et Mussolini. Enfin, il propose une bibliographie fouillée ainsi que des repères chronologiques complets. Je terminerai en disant un mot de cette nouvelle collection proposée par Folio : sur la forme, l'édition que j'ai entre les mains contient des feuillets illustrés et est agréablement mise en page ; sur le fond, elle est une honorable introduction à la question machiavélienne.

Hubert PROLONGEAU, Machiavel, 2010.

Commenter cet article

Véro. 29/08/2010 17:02



Je garde un souvenir plutôt agréable de la lecture du Prince, contrairement à d'autres ouvrages de philo qui me tombaient des mains !



Pierre 02/09/2010 21:20



Figure-toi que je n'ai pas encore lu Le Prince... Et pourtant je me promets de me pencher dessus depuis... 2003. Je l'ai seulement étudié, un peu. Ton commentaire m'encourage, en tout
cas.