Renaissance aux Indes

Publié le par Christophe Pierre

RUSHDIE - L'enchanteresse de Florence

Tout commence avec l'étranger, ce Florentin aux cheveux blonds et aux airs excentriques.

 

Il voyage tantôt sur une charrette tirée par des boeufs tantôt sur le navire d'un ancien flibustier rentré dans les bonnes grâces.

 

Il est pour certains un sorcier, pour d'autres un voleur, pour tous un habile raconteur d'histoires.

 

Connu sous bien des noms, il se présente à l'Empereur Akbar, souverain moghol, comme étant le Mogor dell'amore, fils de Qara Köz la princesse oubliée. En d'autres termes il ne serait nul autre que l'oncle du monarque lui-même.

 

Parfois adulé, parfois disgracié, la vérité sur cet étrange Mogor se trouve dans cette histoire au commencement si banal : "Au début ils étaient trois amis..."

 

Il est difficile de rendre avec précision L'Enchanteresse de Florence tant le récit est riche et complexe.

 

L'ouvrage s'ouvre sur une profusion de personnages et de lieux qui se côtoient, se croisent, se touchent pour à nouveau s'éloigner. De cette diversité immergée d'un cadre stylistique complexe où s'ajustent flash-backs, ellipses et anticipations naît chez le lecteur le sentiment d'être perdu dans le temps et dans l'espace.

 

Nous sommes rapidement pieds et poings liés devant une histoire qui semble nous dépasser totalement. Sentiment délicieux au bout du compte car il permet l'immersion complète, l'absolue soumission à l'oeuvre et seul le dénouement finit par importer.

 

Un bonheur également que cette richesse thématique où l'auteur s'essaye aux sujets délicats de la gouvernance, du pouvoir, de l'amour, de la paternité, des liens historiques unissant l'Orient à l'Occident... Une liste loin d'être exhaustive.

 

Salman Rushdie fond dans une seule oeuvre l'histoire et le conte en n'hésitant pas à donner un rôle à Machiavel ou à la Reine d'Angleterre. A noter d'ailleurs que les acteurs du roman sont authentiques : l'auteur laisse aux bons soins des lecteurs une bibliographie relativement fournie sur les lieux et les événements relatés.

 

Une excellente première fois avec Salman Rushdie qui appelle à des rencontres ultérieures.

 

Salman RUSHDIE, L'enchanteresse de Florence, 2010.

Commenter cet article

Véro. 14/04/2010 17:54



Je ne connais pas cet auteur mais contrairement à Liyah, ce sont justement Les versets sataniques qui m'attirent et m'intriguent ...



Christophe Pierre 03/05/2010 23:46



J'ai moi aussi très envie de les découvrir... plus tard certainement.



Liyah 13/04/2010 13:05



J'avoue ne pas avoir lu Les versets sataniques mais le titre me bloque completement. Je n'aime pas les titres provocateurs et le fait de manquer de respect a la religion (peut importe cette
religion). Maintenant le contenu est peut etre interessant mais pour ce que j'en ai lu ici et la il a tout de meme l'air de tourner en ridicule la religion musulmane. Ce qui me gene c'est ce
manque de respect envers les croyants. Maintenant je me trompe peut etre c'est pourquoi je ne suis pas fermee a decouvrir cet auteur, bien au contraire puisque j'ai ajoute le titre que tu as
chroniques dans ma LAL mais je ne pense pas pouvoir lire un jour Les versets sataniques. Mais si tu decides de le lire, je lirai avec plaisir ton billet !



Christophe Pierre 16/04/2010 23:19



Et bien je te dirai ce que j'en pense... mais au vu de ce que j'ai pu lire dans L'Enchanteresse Rushdie ne me semble pas être homme à tourner en ridicule une religion, maintenant je ne veux pas
m'avancer sans avoir jugé sur pièce ce que je ferai un de ces jours...


Toutefois je préciserais que tout est bon à lire même si tout n'est pas bon à retenir... Il me semble que l'homme a parfois cette fâcheuse facilité (et je parle moi aussi de toute religion
confondue... rappelons Giordano, Darwin, Garaudy (qui reste maudit toujours maintenant) ou Heidegger (pour des raisons qui ne semblent toujours pas éclaircies à ce jour) de mettre de côté ce qui
risque de le déranger... Etant naïf je persiste à croire que l'Homme (donc dans ce qu'il a de plus fondamental ou en tout cas ce qu'il devrait avoir, son libre arbitre et son sens critique)
devrait être capable d'avoir un avis clair et construit sans qu'on lui dise ce qu'il doit savoir ou penser et le principe qui consiste à mettre un artiste à l'index (de n'importe quelle
discipline : peinture, musique, littérature, photographie...) me dérange pour cette raison.


Cet index peut d'ailleurs appartenir à tout le monde, ça me déplait tout autant ;)



Liyah 11/04/2010 12:57



Je ne connais pas cet auteur mais j'avoue avoir un appriori au vu de son livre Les versets staniques. Mais je n'ai pas envie de passer a cote d'un bon livre alors je le note et ce sera peut etre
pour moi aussi une jolie decouverte.



Christophe Pierre 12/04/2010 21:42



Pourrais-tu m'expliquer cet à priori sur les versets sataniques. J'avoue que je suis curieux de lire ce fameux livre vu le bruit qu'il a fait... Maintenant Rushdie semble s'interroger beaucoup
sur la religion et pas seulement sur l'Islam, il aborde ce sujet dans L'enchanteresse au-travers d'Akbar qui fut historiquement un empereur de confession musulmane désireux d'instaurer une
absolue tolérance religieuse dans son Empire. Une belle réflexion sur ce que devrait être selon moi la pratique religieuse : empreinte d'une très grande ouverture d'esprit.



djak 11/04/2010 09:45



L'atmosphère a l'air très onirique, non? En tout cas, ce billet m'intrigue et comme je ne connais pas du tout l'auteur, je le note dans mon petit carnet!



Christophe Pierre 12/04/2010 21:38



L'atmosphère est imprégnée fortement d'onirisme en effet, l'auteur pousse le jeu jusqu'à donner vie à des personnages rêvés par d'autres...