Répétition générale

Publié le par Christophe Pierre

Les morts de la Saint Jean : ce roman policier aurait pu être pas mal… s’il avait suivi le même régime que celui préconisé à Kurt Wallander, le héros bedonnant et récurrent de Henning Mankell. En effet, une suite ininterrompue de répétitions agaçantes – peut-être au service d’une atmosphère oppressante, mais quel besoin d’aller jusqu’à choisir systématiquement les mêmes expressions, de décrire infailliblement chaque réunion du groupe d’enquêteurs ? – rend la progression de la lecture vraiment pénible. Surtout si on ajoute à cette lourdeur de style l’attention maniaque portée à l’heure (vraiment nécessaire pour souligner encore le rythme de l’aventure ?) et les symptômes sur-représentés d’un diabète fraichement diagnostiqué (l’auteur nous rappelle toutes les deux lignes, avec une régularité inattendue, que Wallander boit, ainsi que sa conséquence naturelle…). Il faut ajouter à cette multitude de critiques que l’enquête, qui piétine le plus souvent (se rapprochant par là de la réalité… autant lire les faits divers du journal, alors ?), ne dévoile un fait important, susceptible de nourrir notre curiosité de lecteur, que toutes les cents pages… Même l’intuition de Wallander, qui aurait pu être un atout, a quelque chose d’énervant, parce qu’elle semble parfois servir de prétexte ou de raccourci (malgré les longueurs extravagantes en d’autres lieux !) à l’auteur, qui voudrait remettre à plus tard un raisonnement logique – ou qui n’en trouve pas. Peut-être qu’une note d’humour dans le ton de la narration, malgré le macabre de l’enquête, aurait pu contribuer à rendre le récit moins laborieux, mais  il reste le grand absent de cet opus.

Déplorons encore que les personnages secondaires, principalement les adjoints de Wallander, ne soient pas très attachants, sans doute parce qu’on n’a pas l’occasion de faire connaissance avec eux en dehors de leur travail : le roman est construit de sorte qu’ils enquêtent presque 24 heures sur 24. Mankell rate malgré le décès d’un de leurs collègues l’occasion de leur donner un côté humain, authentique qui aurait pu nous faire vibrer avec eux. Par ailleurs, on se serait bien passé des réflexions « bateau » de Wallander-Mankell sur l’évolution de la délinquance en Suède et sur le métier de policier, qu’il ne manque pas de répéter presque mot pour mot trois ou quatre fois de manière aléatoire au cours de l’enquête…

Malgré tous ces griefs, il faut reconnaître que l’intrigue est plutôt bien ficelée. En outre, sauf erreur de ma part, toutes les zones d’ombre sont levées à la fin du récit, à notre grand soulagement. Disons encore que Mankell a au moins le mérite de nous dépayser : en lisant Les morts de la Saint Jean, on se sent en Suède.

Henning MANKELL, Les morts de la Saint Jean, 1996.

Publié dans Policier - Thriller

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Nathalie 27/12/2012 22:56


Très juste, cette chronique, j'ai relevé les mêmes défauts. Heureusement que l'intrigue est au final bien ficelée, même si elle est mal rythmée.