Eloge à celle de Chaillot

Publié le par Christophe Pierre

Jean GIRAUDOUXParis. La terrasse d'un café du quartier Chaillot.

Trois individus discutent d'une affaire à mener. Pas d'objectif encore, pas de nom à la société naissante juste la promesse d'un gain faramineux. Un autre quidam se joint à eux. Il apporte avec lui le rôle qu'occupera cette nouvelle compagnie : la prospection. Il n'y a aucun doute possible : du pétrole a été découvert sous la ville. Tout a été mis en oeuvre pour faire de la ville une gigantesque pompe à argent. Seul obstacle : un ingénieur trop zélé qui refuse de livrer à la cupidité les droits d'exploiter les sous-sols.

Ils n'ont pas pris garde à cette vieille femme qui les écoute. Elle a l'air trop folle pour y prêter attention.

A cet instant surgit un sauveteur portant sur les épaules un homme inconscient qui vient d'essayer de se noyer.

La Folle de Chaillot entre en scène, elle apprend du miraculé qu'il s'appelle Pierre et qu'il était chargé d'assassiner un ingénieur. De fil en aiguille, elle entend parler de ces hommes cupides, sans scrupules ni émotions ni même d'amour qui sont en train de s'emparer de la ville.

Elle décide qu'il est grand temps de s'en débarrasser.

Après avoir réuni les petites gens du quartier, Aurélie la Folle met sur pied un plan diabolique pour déjouer les plans criminels de ces hommes d'affaires.

 

Ecrit durant l'Occupation des années 40, la Folle de Chaillot donne une vision incisive d'une certaine corruption de l'âme. Il est difficile de ne pas faire un parallèle entre les évènements et le drame qui se jouera sur scène.

Gireaudoux condamne fermement le règne de l'argent, le plein pouvoir des finances, l'absurdité de la course au profit.

En mettant en scène ces personnalités marginales, Gireaudoux semble donner la victoire à la déraison, au dérèglement et à la fantaisie face au calcul et à la mesquinerie sourde du monde économique. L'esprit de l'homme trouvera son salut dans la fraternité des gens simples et naïfs, et non dans la thésaurisation et le cynisme d'un matérialisme pragmatique.

 

Jean Giraudoux a écrit cette pièce en pensant à Marguerite Moreno, grande actrice française du début du XXème siècle qui n'en est pas à son coup d'essai en matière littéraire: elle fut la muse de Pagnol lui-même pour l'excellente adaptation de Regain l'oeuvre magistrale de Giono.

 

Louis Jouvet monte La Folle de Chaillot en 1945. Giraudoux meurt en 1944, il ne connaîtra hélas pas l'énorme réussite de l'oeuvre, succès qui propulsera de nouveau l'actrice sur les planches de théatre.

 

Pour la petite histoire, Giraudoux fut associé à l'antisémitisme ambiant par un certain nombre d'intellectuels suite à un livre intitulé Les pleins pouvoirs et dans lequel il plaide pour une politique d'immigration assurée par un ministère maladroitement qualifiée de "racial". Il n'en est pas moins vrai qu'il exécrait la formule assurant que la France était aux Français et qu'il n'était qu'un fervent défenseur de la culture et de l'approche morale qu'elle permettait.

Et pour paraphraser un de ses biographes, je citerai Body qui disait : "Giraudoux antisémite, Giraudoux vichyste c'est devenu l'hymne des ignorants."


Jean GIRAUDOUX, La Folle de Chaillot, 1943.

 

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge Tous au théâtre !

 

Tous au théâtre !

Publié dans Théâtre

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Véro. 23/07/2010 23:56



Un auteur que je ne connais que de nom... il va falloir que je remédie à cette lacune !



Christophe Pierre 12/08/2010 23:17



Je crois qu'il t'intéressera beaucoup si tu apprécies le théâtre.



Leiloona 11/07/2010 09:22



Merci de ta partipation !


 


Je ne connais pas cette pièce, mais j'ai toujours bien aimé Giraudoux : entre modernité et classicisme.



Christophe Pierre 15/07/2010 15:30



C'est avec plaisir...


J'aime beaucoup Giraudoux moi aussi, j'avais apprécié La guerre de Troie n'aura pas lieu et Amphytrion du même auteur, sans doute vais-je en faire un billet.