Un livre vraiment bien

Publié le par Christophe Pierre

Bernard TIRTIAUX - Pitié pour le malL'histoire de deux jeunes garçons entraînés dans la tourmente de la guerre.

Le papa de Mutien et de Belo est mort dans les affrontements des années '40 à '45. Tout ce qui reste de lui est ce magnifique percheron qui répond au fier nom de Gaillard.

Lorsque l'armée allemande se l'approprie, c'est la goutte qui fait déborder le vase et Mutien décide de le récupérer coûte que coûte. Belo ne pourra s'empêcher d'accompagner le héros de la fratrie.

Une fois la troupe allemande rejointe, une étrange proximité s'installe entre les enfants et les fuyards. Il s'agira même d'une véritable complicité entre Mutien, Belo et Gunther qui est un vétéran de la Première Guerre.

Conscient des atrocités commises par son peuple, Gunther refuse par pudeur de quémander le pardon pour la nation allemande mais réclamera Pitié pour le mal ! Car comme il le dit si justement, la pitié appartient toujours au vainqueur.

Un roman court dont la brièveté évite les pièges du mélodrame. Une intensité rare dans le traitement de l'émotion. Une approche intéressante, posée et riche sur des événements trop souvent ressassés.

L'auteur prend le parti de la neutralité. La souffrance de chacun est restituée avec une extrême justesse et une retenue délicate.

Le récit se construit autour du courrier que Belo retrouve quelques années plus tard lorsque Mutien disparaît en mer. L'histoire se justifie d'elle-même et prend de cette manière des accents de vérité bouleversants.

Tirtiaux ne parle en réalité ni de la Seconde Guerre Mondiale, ni de l'Allemagne revencharde, ni de la Belgique martyrisée, mais du mal. Ce mal dont l'homme se rend coupable sans vraiment s'en rendre compte et dont il ne prend conscience que par la suite. Gunther voit s'étaler sous ses yeux les actes commis par son peuple et refuse de s'y soustraire. Il refuse pourtant tout calcul arithmétique relatif à la douleur : quel que soit son degré de monstruosité, l'homme est égal face à cette terrible détresse. Loin des clichés patriotes éculés, l'auteur donne l'occasion de réfléchir à l'opportunité de briser le cycle infernal de la haine et les personnages donnent au lecteur une grande leçon de fraternité.

Pitié pour le mal est un dernier espoir pour une humanité naufragée dans une époque où les "plus jamais" n'ont toujours pas trouvé d'écho.

Un livre magnifique !

 

Bernard TIRTIAUX, Pitié pour le mal, 2006.

Publié dans Littérature belge

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djak 20/09/2010 07:32



ton billet fait très envie! surtout qu'il est tout court, ce récit!



Christophe Pierre 20/09/2010 22:59



Oui, il est très court et très bien fait. Un rendement maximum... Peu de temps, beaucoup de plaisir ;)



Véro. 18/09/2010 17:48



ce n'est pas trop "triste" comme lecture ? Je sens que j'ai besoin de lecture optimiste en cette rentrée un peu difficile ...



Christophe Pierre 20/09/2010 22:58



Non ce n'est pas trop triste Véro, ce n'est pas une comédie mais c'est un livre plein d'espoir et d'enthousiasme... Je crois qu'il te plaira.