Yoko Ogawa : second périple

Publié le par Christophe Pierre

Yoko OGAWA - Les paupièresDécidément, la littérature japonaise me comble. Le dernier recueil de nouvelles signé Yoko Ogawa me laisse une forte impression. Paupières démontre de nouveau que les auteurs du pays du Soleil Levant jouent avec brio sur leur style afin de rendre l'atmosphère plausible alors que le scénario semble sortir de l'onirisme le plus complet.

Je retiendrai la nouvelle éponyme qui relate l'histoire d'une jeune fille prise de pitié pour un vieil homme et finit par s'installer chez lui. Je ne laisserai pas de côté deux autres nouvelles aussi étonnantes : La collectionneuse d'odeurs dont la fin semble être évidente et Les ovaires de la poétesse qui paraît tout droit sorti d'un conte d'Andersen.


Si j'insiste sur l'évidence de la fin en ce qui concerne une nouvelle, c'est qu'il n'est pas simple de trouver un sens, aux premiers abords, aux récits d'Ogawa. Ses nouvelles semblent être des instantanés pris du quotidien. Un quotidien certes très coloré d'imaginaire mais qui laisse cette impression que l'on a lorsque nous nous rendons chez une grand-mère qui cuisine amoureusement des gâteaux, si nous nous installons près de l'âtre crépitant avec le chat sur les genoux ou si nous revenons chez nous d'un long voyage avec la certitude d'être attendu. Bref : ces récits font voyager dans un jardin fantastique non par l'étrangeté des espèces botaniques mais par la façon dont elles seraient agencées.


Ogawa appuie sur des thèmes récurrents dans l'ouvrage. La musique classique est omniprésente et nous flânons au fil du livre avec Brahms, Bach ou Haendel. L'Autriche revient également sur la table et l'auteur en parle comme d'un pays qu'elle aime tout en le trouvant étrange.


Certains lecteurs trouvent des auteurs comme Haruki Murakami ou Ogawa fortement occidentalisés, au risque de ne pas dépayser par leur écriture. Pour ma part, je n'y trouve rien à redire. D'une part je ne cherche pas à tout prix le dépaysement dans mes lectures. D'autre part l'œuvre de ces auteurs ne me paraît pas centrée sur le Japon mais bien sur l'homme et sa relation à la vie. Il reste malgré tout un certain "orientalisme" chez eux notamment dans la grâce de leur style et dans la façon de traiter des sujets anodins comme le quotidien et d'en faire des objets de pur plaisir.


Yoko OGAWA, Les paupières, 2007.

Publié dans Littérature japonaise

Commenter cet article