Partager l'article ! Doux Blasphème: Soufi, mon amour, c'est deux romans pour le prix d'un ! Ella Rubinstein, mère de famille, juive, américaine, presque 40 an ...
Soufi, mon amour, c'est deux romans pour le prix d'un ! Ella Rubinstein, mère de famille, juive, américaine, presque 40
ans, est chargée de relire le manuscrit que Aziz Z. Zahara soumet à un éditeur de Boston. Il raconte l'étrange et fascinante rencontre de Rûmi et de Shams de Tarbiz, mais il est aussi une
initiation au soufisme. Pour Ella Rubinstein, il sera bien plus que cela...
On a parfois l'impression que l'histoire d'Ella Rubinstein et le roman d'Aziz n'ont pas été écrit par le même auteur, alors qu'ils sont tous deux le fait d'Elif Shafak ! C'est que le quotidien de
notre quadragénaire du Massachussetts est rédigé dans un style moderne, simple et un peu superficiel. Même ses interrogations sur sa vie de femme mariée depuis vingt ans paraissent futiles, tout
comme son évocation de l'amour... Alors que Doux Blasphème - c'est-à-dire les pages consacrées à Shams de Tarbiz - sont emplies de spiritualité, de mysticisme : elles sont d'une
authenticité plus profonde, sans toutefois être embarrassantes. L'alternance des deux récits reste pourtant la bienvenue : après quelques pages passées en compagnie d'Ella, on est pressé de
retrouver le XIIIème siècle de Rûmi, et une fois plongé en Orient, abreuvé des Règles de Shams, en compagnie des multiples personnages qui prêtent leur voix à Doux Blasphème, la légèreté
d'Ella finit par surgir au bon moment. En un mot, Elif Shafak trouve l'équilibre parfait.
A titre personnel, j'ai été beaucoup plus intéressée par Doux Blasphème que par l'histoire d'Ella, malheureuse dans son couple et tombant sous le charme d'Aziz à travers la lecture de
son roman. Cet aspect-là de Soufi, mon amour - y compris le choc des cultures, transcendé par l'amour, de même que le parallèle entre le manuscrit et la vie réelle des protagonistes -
m'a semblé sous-exploité par l'auteur, comme si Elif Shafak s'était donné trop peu de moyens pour arriver à la fin qu'elle avait imaginé pour sa fable.
Pour moi, la véritable réussite de Soufi, mon amour, est de susciter un véritable intérêt pour le soufisme, les derviches tourneurs, les personnages historiques de Shams de Tarbize et de
Rûmi (célèbre poète persan), mais aussi de véhiculer l'image d'un certain islam ouvert et tolérant.
J'ai lu ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique. Tous nos remerciements à Babelio et aux éditions Phébus !
Elif SHAFAK, Soufi, mon amour, 2010.
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