Dubliners

Publié le par Christophe Pierre

JOYCE - Gens de DublinGens de Dublin n'est pas véritablement un recueil, c'est davantage une galerie de portraits. Et même si il se présente sous la forme d'une suite de nouvelles autonomes, Joyce base la structure de l'ouvrage sur la chronologie : l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte et la vie publique à Dublin.

Joyce orchestre la danse quotidienne d'une foule de personnages. Il les illustre dans ce que la vie a de plus coutumier, de plus humain : le mariage, l'école buissonnière, le travail, les fêtes, la mort... Ainsi les protagonistes s'illustrent-ils eux aussi dans ce qu'ils ont de plus anecdotique : le mensonge, la vantardise, la mesquinerie, l'hypocrisie,... Chacun y va de sa petite bassesse journalière.

L'auteur désire faire connaître Dublin à l'Europe continentale en lui décrivant ses institutions, ses traditions, sa politique. Il écrira à son frère Stanislaus : "il paraît étrange qu'aucun artiste ne l'ait offerte au monde". Car Joyce est nostalgique de ce que fut l'Irlande médiévale : un lieu où foisonnent les copistes et d'où rayonne dans toute l'Europe la culture occidentale. Il explique cette culture de l'échec qui travestit ses "héros". Il rédigera ces mots à l'intention de Curran, juriste étroitement lié à l'art et à la littérature, qu'il voulait "révéler l'âme de cette hémiplégie ou paralysie que beaucoup appellent une ville" et qu'ainsi "il avait fait le premier pas vers la libération spirituelle de l'Irlande".

Bref, James Joyce se confie une tâche ardue, téméraire et hélas bien mal récompensée. L'ouvrage est publié tardivement et sera effacé par ses oeuvres ultérieures comme Ulysse ou Finnegans Wake.

Pourtant Gens de Dublin est d'une indéniable qualité.
JOYCE - Gens de Dublin
Le style est populaire sans être froid. Joyce fait preuve d'un talent extrêmement pictural en jouant magistralement des ombres et des lumières. Il offre aux lecteurs un monde où vacillent les flammes des chandelles, où s'illuminent les cierges, où posent les ombres féminines, où s'obscurcissent les portes cochères et les quartiers mornes. Un décor de contrastes qui accompagne les propos du narrateur.

L'autre point fort réside dans la richesse des personnages. Ils sont primordiaux dans l'oeuvre citée car ils participent à tout point de vue au récit.  Même les descriptions ne sont pas figées, elles varient au gré des personnages. Joyce ne placera pas une vue détaillée d'un bâtiment ou d'une rue, il laissera le soin à son personnage d'en parler et de donner son ressenti sur ce qu'il voit. Le décor fluctue au gré des sens des gens de Dublin, au gré de leurs humeurs ou de leur vie et ajoute une dimension supplémentaire à l'idée que nous nous faisons de ceux-ci.

Joyce fait aussi parler ces gens de politique ou de religion et instruit le lecteur sur ce qui se passe en Irlande. Toutefois ces gens ne sont pas infaillibles et Joyce met dans leurs paroles un certain nombre d'erreurs. Ainsi les personnages sont très réalistes, très vivants et passent leur existence indépendamment de l'auteur qui les a mis au monde.

Je considère Joyce comme un génie littéraire. Ce grand gaillard dans lequel Marcel Proust voyait un barbare sans éducation prouve une fois de plus le talent qu'il a dans le mot, le rendu et le souci du détail tout en conservant une écriture fluide et d'aspect simple. Au-delà de cette simplicité, la lecture de Joyce est d'une complexité qui apparaît par des lectures successives.

Joyce est et reste un auteur à connaître...

James JOYCE, Gens de Dublin, 1914.
Défi J'aime les Classiques
Lu dans le cadre du défi "J'aime les Classiques" 

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Véro. 26/01/2010 22:48


C'est noté Pour finnegans Wakes  !


Christophe Pierre 26/01/2010 23:53


Bonne découverte à toi Véro ...


Marie L. 25/01/2010 21:11


Je ne connais pas du tout! As-tu lu le fameux "Ulysse"?


Christophe Pierre 26/01/2010 23:53


Je l'ai commencé mais comme je l'ai dit c'est un livre long, fastidieux et difficile... je me suis donc tourné provisoirement vers les autres ouvrages de Joyce. Ulysse reste tout le temps à côté de
mon lit... disons que c'est une sorte de Graal. Lorsque j'arriverai au bout, j'aurai certainement la sensation d'avoir atteint un objectif... Courage à nous tous... :D


Véro. 25/01/2010 13:10


N'étant pas fan de nouvelles, auris-tu un autre titre à me proposer pour découvrir cet auteur ?


Christophe 25/01/2010 14:54


Je pourrais te proposer Ulysse qui est l'oeuvre majeure de Joyce, mais l'ouvrage est une brique et assez ardu à la lecture. Sinon tu peux lire Finnegans Wake qui est un peu plus
abordable de même que Dedalus qui est aussi un roman. Je te dis tout de suite que pour débuter Joyce je commencerais par Finnegans Wake.
En espérant que tu trouveras ton bonheur...


Matilda 25/01/2010 13:05


Je l'ai dans ma bibli. depuis un moment déjà mais pour le moment je n'ai pas tenté. A voir plus tard ^^


Christophe Pierre 25/01/2010 14:55


ça viendra... comme je l'ai dit qu'on l'aime ou non, je considère Joyce comme un incontournable.