Jeudi 7 octobre 2010 4 07 /10 /Oct /2010 18:08

La couleur de l'aube

C'est un bonbon acidulé que nous offre Yannick Lahens. Derrière un emballage de confiserie, La couleur de l'aube cache une oeuvre d'une sensiblité troublante.
L'histoire nous plonge dans le Haiti d'aujourd'hui à travers le récit d'une famille pauvre.
Joyeuse et Angélique sont soeurs. La première sait jouer de son corps pour obtenir ce qu'elle veut tandis que la seconde est une fervente pratiquante déchirée entre la noirceur de son âme et la grandeur de son Dieu.
Ce qui les rejoint, c'est ce frère disparu : Fignolé. Jeune homme de vingt ans, il ne supporte plus la misère et les vicissitudes de ce peuple martyr. Chaque jour il plonge davantage dans une violence sourde et brutale qui partout entoure le peuple de Port-au-Prince.

Loin des clichés habituels, l'auteur donne à voir un désespoir sans fond. Un combat quotidien s'engage pour la survie. De toutes parts la faim, la maladie, l'exploitation, la trahison sont décrites dans la bouche de chacune des soeurs. L'expérience de l'une et de l'autre propose une vision sans fard de ce qu'est leur vie.
Une vie où la femme doit encore se battre pour obtenir le respect, où leur dépendance face au mâle est toujours grande. Une vie où les enfants sont capables de meurtres et de viols à tel point que certains portent le surnom de "Balle-dans-la-tête".
Sous des faux-semblants poétiques, sous des décors ensoleillés dignes de brochures touristiques, La couleur de l'aube ne fait aucune concession. Nous ne pouvons que nous sentir impuissants derrière si peu d'humanité, si grande détresse face à cette existence où dans le dos d'un frère peut se tapir un ennemi mortel. Sous bien des aspects ce livre rappelle ces capitales arrogantes dressées avec une intolérable morgue face aux bidonvilles, aux taudis et aux mouroirs.
La couleur de l'aube est un monument érigé au nom d'une zone géographique peu connue de nous. Une zone qui mériterait pourtant notre attention au vu de la violence, de la pauvreté, de la manipulation que subit Haiti.
Pays qui, sur les dires des auteurs, mérite le titre de paradis brutal.
Je ne peux que conseiller la lecture d'un roman aussi bien écrit, détenteur d'une authentique sensibilité mais aussi d'une dureté aussi tranchante qu'une lame.

 

Yanick LAHENS, La couleur de l'aube, 2008.

Par Christophe Pierre - Publié dans : Littérature haitienne - Communauté : Livre et émotion
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