Epouvante mystique

Publié le par Christophe Pierre

Stephen KING - Carrie

Margaret White est une de ces radicales dont la foi peut parfois faire frémir. Prête à tout pour faire respecter ses directives, elle n'hésite pas une seconde à user d'une extrême dureté à l'encontre de sa fille Carrieta.

Au delà de son martyr quotidien, Carrie est une jeune fille timide, introvertie et prude jusqu'à l'ignorance. Raillée, harcelée, humiliée par les autres jeunes étudiants, la haine prend une place de plus en plus importante dans sa vie.

Lorsqu'elle aura pour la première fois ses règles dans le vestiaire du gymnase et qu'elle sera de nouveau la victime d'odieuses moqueries, Carrie amorcera un nouveau virage dans son existence. Ce mélange de rancoeur et des étranges pouvoirs de télékinésie qu'elle possède feront croître peu à peu son désir de vengeance.

Pourtant Susan, une jeune camarade d'école, aura des regrets à voir Carrie ainsi maltraitée. Et pour tenter de rendre confiance à la malheureuse, Susan demandera à son petit ami de l'inviter au bal de la promo.

Mais c'est sans compter sur les impondérables et les pestes que sont Chris et Billy Nolan toujours capables d'une impitoyable cruauté quand il s'agit de faire des blagues de mauvais goût.

Ce qui est particulièrement frappant dans ce livre, c'est l'ambiance de paganisme qui règne à travers le récit. Les sujets qu'aborde King comme la fécondité ou l'usage du sang rappellent ces anciens rites que pratiquaient les païens. Etonnant lorsque le livre traite surtout de la ferveur chrétienne et de ses dérives... L'auteur semble vouloir amener au questionnement quant à cette religiosité forcée.

L'autre trait notable réside dans le style. Le fait de couper le récit par les interrogatoires d'une commission d'enquête baptisée du nom de Carrie, par des extraits de livres écrits par les personnages eux-mêmes et par des dépêches de l'agence de presse donne à l'histoire un rythme et une authenticité proche de la perfection. Le narrateur n'est plus cet être isolé de la narration mais un acteur à part entière qui livre au lecteur les indices nécessaires à son cheminement.

De nouveau les personnages semblent être possédés et ne pouvoir véritablement décider de leur destinée. Billy Nolan est sous l'emprise de Chris qui elle-même semble dépendante du côté sombre de ce dernier. Susan est étroitement liée à ce désir qu'elle a d'être une "bonne" personne et Thomas Ross (son petit ami) lui est entièrement dévoué. Carrie White est le jouet de sa mère tandis que Margaret White est l'esclave d'un passé qui s'éclaircit au fil du livre, cependant Margaret craint les pouvoirs de sa fille. Ce qui devrait être une initiation à l'âge adulte se transforme en une oeuvre destructrice et cauchemardesque.

Un grand livre de Stephen King par la richesse psychologique qu'il y met. Une atmosphère digne de Lovecraft accentuée par ces relents de mythologie que King fait volontairement transparaître. Un livre à lire pour tous ceux qui sont fans.

 

Stephen KING, Carrie, 1974.

 

Nous participons à la lecture commune organisée par Neph, dans le cadre de son Challenge Stephen King ! Qu'en ont pensé Dup et Mystix ?
Voyez également l'avis d'Antoni !

challenge-stephen-king

Retrouvez notre billet sur La Tour sombre, tome 1  : Le pistolero.

Publié dans Epouvante

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Marc Lefrançois 21/05/2010 09:00



Je suis entièrement d'accord... cela m'a toujours irrité d'entendre certains universitaires (dont personne ne retiendra le nom) de faire de telles critiques...



Christophe Pierre 05/06/2010 00:15



Pour cela rien de tel que de fonder sa propre opinion sur un livre. Après tout (et beaucoup de gens semblent l'oublier) les premiers concernés par un livre sont les lecteurs.



Antoni 16/05/2010 14:01



J'oubliais : j'ai ajouté ton article en lien sur le mien.


A bientôt.



Christophe Pierre 16/05/2010 18:02



Merci c'est très gentil de ta part...



Antoni 16/05/2010 13:45



Bonjour, j'ai bien aimé ce livre, lu avant que je ne m'inscrive au challenge de Neph !


Je te laisserai venir découvrir mon article si le coeur t'en dit...


A noter : j'aime beaucoup la couverture du livre de poche.


Bon Dimanche. A bientôt peut-être.


Amicalement,


PS : j'ai fini Salem en milieu de semaine et viens de commencer Dolores Claiborne. Après, je lis un Oui-oui ou un Winnie l'Ourson !!!



Christophe Pierre 16/05/2010 18:01



Je viendrai te rendre visite avec un grand plaisir... Pas encore lu Salem mais Dolores Claiborne très bon souvenir...



Eve 13/05/2010 20:10



Je suis fan du King et Carrie se trouve dans mon top 5. je l'ai dévoré en deux soirées, vraiment très bon (et je ne peux pas m'empêcher de penser à l'inquiètante Sissi Spacek )



Christophe Pierre 14/05/2010 23:07



D'accord pour Sissi Spacek, mais en revoyant le film j'ai trouvé la version de 1976 mal vieillie et finalement assez lointaine du livre.



Marc Lefrançois 13/05/2010 13:44



Je sais que Stephen King est souvent critiqué des littéraires, mais moi je le soutiens haut et fort (même s'il n'a pas besoin de cela!). J'avais lu son autobiographie (Ecriture) que j'avais
beaucoup aimée... Il déplorait qu'on le compare à une sorte de Fast-food littéraire... mais autant le dire tout de suite, c'est vraiment un maître du fantastique! Je pense qu'il restera dans
l'histoire littéraire comme Lovecraft...



Christophe Pierre 14/05/2010 23:10



Je suis parfaitement d'accord, je compare d'ailleurs le Pistolero à l'oeuvre de Lovecraft par le rendu de l'atmosphère. Il y aura toujours des "intellectuels bienveillants" pour dénigrer
l'épouvante ou le fantastique mais c'est sans compter sur des K.Dick, des Van Vogt, des Asimov, des Lovecraft ou des King qui ont bien plus de choses à dire que certains essayistes égarés dans
leur nombril et asphyxiés par leur propre inertie.