J'ai des nouvelles du cafard

Publié le par Christophe Pierre

Franz KAFKA - La métamorphoseGregor Samsa est représentant de commerce. Gregor Samsa est contraint à cette pratique afin d'éponger les dettes que son père a contractées avec son employeur. Et comme Gregor Samsa a le sens du devoir, il exécute sa tâche de façon ponctuelle et régulière.

Mais un beau matin il se réveille en tendant vers le plafond une multitude de petites pattes qui gesticulent dans tous les sens.

Ne voyant le rejeton ni se lever ni se rendre au travail, les parents s'affolent et le fondé de pouvoir de la société où il travaille accourt afin de le presser.

Après bien des efforts pour ouvrir la porte, Gregor finit par se montrer. Cris, stupéfaction, horreur... le fondé de pouvoir s'enfuit, la mère désespérée s'effondre et le père horrifié le repousse dans la chambre à coups de canne.

Voilà la famille Samsa dans une situation pénible. Le fils ainsi mué en cafard fait montre de vilains défauts : il risque de jeter sur la famille une honte disgrâcieuse et se trouve dans l'incapacité de fournir à celle-ci l'argent nécessaire à sa survie.

Gregor Samsa entame une longue période d'isolement. Claquemuré dans sa chambre, seule sa soeur cadette accepte d'y entrer pour le nourrir et nettoyer. Toutefois elle-même refuse tout contact, fusse-t-il visuel, avec son frère.

Sans le sou, terrorisés, contraints de changer de vie, les membres de la famille Samsa s'enlisent dans l'humiliation et le rejet.

Kafka signe une nouvelle où l'univers dans lequel évoluent les personnages a une fois encore les allures d'un cauchemar domestique.

Le ton de sérénité sur lequel le fils prend sa métamorphose au départ du récit est surprenant. Croyant à un mauvais rêve dans un premier temps, constater la véracité des événements ne semble pas le bousculer davantage. A l'opposé, la famille Samsa prend très mal cette transformation, à juste titre. Gregor ne paraît pas se rendre compte de l'état dans lequel il se trouve. Par contre la solitude qui en découle lui est douloureuse, insupportable. Le fait de voir ses proches persuadés qu'il ne comprend pas leur langage et l'absence conséquente de communication entre eux et lui rend  Gregor particulièrement malheureux.

La métamorphose ne touche pas que Gregor même si elle est plus apparente chez lui. Son père passe d'une santé précaire à une vigoureuse capacité au travail. Sa soeur au départ charitable à son égard est la première à envisager la nécessité de sa disparition. Seule la mère refuse de ne voir aucun espoir dans la tragédie qui touche son fils.

La thématique de La métamorphose est soumise à bien des controverses. Comme d'habitude lorsqu'il s'agit de Kafka certains y voient affaire de religion, d'autres de famille, d'autres encore de solitude...

Mais toutes ces questions ont-elles un sens ?

A lire la lettre au père qu'il rédigera en 1919 où il affirme ce sentiment d'attraction et de répulsion qu'il ressent à l'égard de ce géniteur trop rigide. A voir ce qu'il note au 23 janvier 1915 dans son journal : [...] ma pensée ou plutôt le contenu de ma pensée est absolument nébuleux, si bien que je m'y repose, tranquille et satisfait de moi, alors qu'une conversation humaine exige de la minutie, de la consistance et un enchaînement perpétuel.[...] A connaître sa maladie, ses échecs sentimentaux, son impuissance à l'achèvement, il apparaît que Kafka marque son écriture de toute cette sémantique qui lui est à la fois si chère et si douloureuse.

 

Franz KAFKA, La métamorphose, 1916.

 

Un billet fut déjà posté concernant Franz KAFKA ici.

 

Ce livre a été lu dans le cadre du défi J'aime les classiques. defi_classique.jpg

Publié dans Littérature allemande

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dasola 28/06/2010 18:22



Bonsoir, comme ce roman est court (et terminé), il est certainement le plus connu des romans de Kafka. Ne connaissant pas l'Allemand, je n'ai pas eu le plaisir de le lire dans la langue originale
mais il paraît que c'est une référence dans l'écriture et la langue. J'avais fait un mini billet sur La métamorphose dans les débuts de mon blog, le 23/01/07. Bonne soirée.



Christophe Pierre 23/07/2010 23:37



Je n'ai pas encore eu le temps d'aller y faire un tour mais ce sera chose faite rapidement. Pour ce qui est de l'original, oui en effet Kafka passe pour être une référence.



Véro. 28/06/2010 12:53



Un auteur que je ne connais pas (sauf de nom, s'entend !) mais je ne suis pas trop tentée ... en plus, je dois déjà avoir l'esprit en vacances car en lisant le début, cela m'a fait penser à La
mouche de Cronenberg or, je ne pense pas que ce soit vraiment le même registre !



Christophe Pierre 23/07/2010 23:36



Non sans doute mais les associations d'idées spontanées sont pour moi toujours bénéfiques, alors aucune gêne et laissons errer gaillarde et rebelle notre somptueuse imagination.



L'Ogresse 28/06/2010 09:06



Oui, c'est vrai, je me souviens y avoir pense aussi



Christophe Pierre 23/07/2010 23:34



Je me souviens avoir trouvé un fragment de réponse dans Le sein de Philipp Roth où le héros affirme être devenu un véritable sein à l'instar des personnages de La métamorphose ou du Nez qui
avaient simplement été victimes d'hallucinations. A creuser peut-être...



L'Ogresse 26/06/2010 10:14



Une lointaine lecture mais 'nebuleux' est peut-etre le mot que je retiendrais de ton billet car je n'avais pas tout compris non plus...



Christophe Pierre 27/06/2010 22:57



En fait la question qui me vient à l'esprit est pourtant simple : s'agit-il d'une hallicunation ?



flof13 25/06/2010 19:38


je dois lire le Château, un défi pour ma PAL ! Je n'ai pas lu celui-ci, mais L'Amérique, où j'ai attendu jusqu'au bout qu'il se passe quelque chose... lecture déconcertante qui ne m'a pas fait me
jeter sur les autres Kafka de ma bibli... mon homme est un fan de l'auteur, alors j'entends souvent que plutôt que lire des thrillers et autres, je devrais lire Kafka !! Mais j'avoue que celui-ci
me tente, par le sujet... et en effet, je dirais que Kafka en général faut avoir le moral, car ce n'est pas très gai la plupart du temps !


Christophe Pierre 27/06/2010 23:00



Bin je dois dire que je suis grand amateur de Kafka moi aussi, je trouve son oeuvre touchante par la faiblesse qu'il y témoigne et le grand humanisme qui en découle. Je reconnais pourtant qu'il
faut un peu de persévérance pour s'y attarder par la noirceur qui en ressort, mais ça vaut parfois la peine. Et puis je suis de ceux qui pensent que la littérature n'est pas là que pour faire
plaisir...